La République exemplaire

Assemblée NationaleDepuis Aristote, la philosophie politique a l’habitude d’effectuer une classification des différents types de régime politique en fonction d’un certain nombre de critères. Les philosophes grecs de l’Antiquité, les philosophes politiques classiques occidentaux (Locke, Montesquieu, Rousseau, etc) considéraient qu’il n’y a pas de Démocratie possible sans vertu. Nos sociétés occidentales ont fait le choix, laborieux, pénible, violent parfois, difficile à mettre à en œuvre, de la Démocratie et de la souveraineté citoyenne. Nous en avons, aussi perfectible soient-elles, construits depuis plus de 200 ans les institutions et il faut constamment se poser la question de leur amélioration. L’exigence de vertu est un combat sans cesse renouvelé que le peuple doit mener.

Le problème quand on examine la question de la moralisation de la vie publique, c’est qu’il est empreint de beaucoup de mauvaise foi. Quand un camp est dans l’opposition, il accuse les responsables en place d’être peu vertueux, quand ce même camp revient au pouvoir, il accuse les juges d’être partiaux. Les propositions de réformes de la vie politique sont légions durant les campagnes électorales, elles restent presque toutes lettres mortes une fois la mandature débutée, en grande partie, il faut le reconnaître, à cause du Parlement, qui répugne à voter des réformes d’envergure. On en veut pour preuve actuelles la loi a minima, dont l’application est en outre repoussée, sur le non-cumul des mandats ou encore, le refus des Députés de justifier l’utilisation du fond parlementaire qui leur est alloué chaque mois, ou enfin l’opacité totale dans laquelle les lobbyistes travaillent à l’Assemblée et au Sénat. Or, force est de constater le décalage croissant entre les citoyens qui ont une légitime et croissante demande d’exigence et de transparence et un personnel politique qui considère qu’il a la légitimité «  d’élus du peuple » pour agir comme il entend durant son mandat.

ll y a plusieurs aspects à la moralisation de la vie politique.

1/ Les affaires politico-financières. Elles concernent principalement des faits de financement de partis ou de campagne électorale, de corruption , de conflits d’intérêts, de fraude fiscale. Elles gangrènent nos démocratie occidentales depuis plusieurs décennies, en France, en Italie, maintenant en Espagne. L’arsenal législatif existe, il a été renforcé depuis une vingtaine d’année en France mais il doit être amélioré, notamment en ce qui concerne les conflits d’intérêts. Personne ne doute que la politique soit un monde de grands fauves  où tout les coups sont permis, y compris monter des dossiers médiatico-judiciaires contre un adversaire, y compris contourner les lois de financements des partis politiques et des campagnes électorales parce que l’argent, c’est le nerf de de la guerre. On ne changera pas cela en quelques années, c’est tout un travail de fond qui est à mener, et c’est justement pourquoi, il faut que les personnes qui s’engagent en politique comprennent très clairement que maintenant rien ne leur sera épargné et que si elles veulent être élues, elles ont un devoir d’exemplarité. On peut toujours faire appel à l’intrusion du juge et à la liberté de la presse pour border les comportements individuels mais c’est avant tout au sens de la responsabilité de chacun qu’il faut faire appel. Plus que les autres, et que le commun des mortels, les postulants à des responsabilités politiques se doivent d’avoir une vie irréprochable et de s’interdire d’eux-mêmes certains comportements. C’est peut-être dommage, ce sont des hommes et des femmes comme les autres, avec leurs faiblesses, leur humanité, mais ils doivent, parce qu’on leur confie un mandat démocratique, faire mieux que les autres…C’est une question de morale et de dignité : quand on est un responsable, on se doit de faire preuve d’un certain sens de l’éthique et ne pas tromper les gens qui vous font confiance. Il y a, notons-le au passage, quelque chose d’assez paradoxal et d’étonnant de la part d’un responsable politique a faire appel à la séparation des pouvoirs pour refuser l’intrusion du juge dans le contrôle de l’exécutif et du législatif et, une fois pris la main dans le pot de confiture à déclarer, hop, hop, il y a la présomption d’innocence, on va attendre la décision du juge…Il y a là une schizophrénie assez stupéfiante. Il en va des «  affaires » en politique comme du dopage dans le sport, tant que les gens payent pour assister au spectacle…

2/ La réforme des institutions. Plus que les affaires politico-financières et l’écœurement légitime qu’elles suscitent, c’est toutes nos institutions qui sont atteintes, et ce depuis plusieurs plusieurs décennies, il en va de la crédibilité même des élus et de la légitimité du suffrage universel. Il est nécessaire de  rompre avec cette logique de carrière en politique qui crée une élite de cooptation, c’est vrai au niveau national comme au niveau local, qui vit en vase clos, qui s’auto-reproduit, qui partage les mêmes codes et les mêmes principes, qui bloque tout débat de fond, qui sait, par habitude et par paresse intellectuelle ce qui est bien pour les braves gens et qui, in fine, ruine notre vie démocratique. Le non cumul des mandats est une nécessité absolue. A moins d’être un mutant transgénétique, il est humainement impossible de faire correctement à la fois un travail de parlementaire et d’élu local, encore moins dans le cadre de la décentralisation. De plus, la logique démocratique veut que les parlementaires votent les lois et que les élus locaux gèrent leur collectivité. Rien de plus, rien de moins. Prétendre défendre les intérêts locaux au sein de l’enceinte parlementaire est juste une imposture démocratique. Il n’y a, en outre, aucune logique a être élu pendant des années, on ne s’engage pas pour gagner de l’argent ou pour acquérir une position sociale mais pour défendre des idées. Être parlementaire pendant deux mandats, soit dix ans, est suffisant pour faire entendre sa voix et voter, en conscience, les lois de la République sans souci de sa réélection. Être élu local, c’est gérer au mieux et au plus près les intérêts collectifs avec le souci de l’économie des deniers publics, on a  pas besoin de cumuler pour cela, mais juste d’avoir le sens du service de l’autre et on a pas besoin d’être élu pendant des années pour cela, deux mandats de 6 ans semblent suffisant. En poussant plus loin la réflexion, les gens qui font carrière en politique bloquent l’émergence des compétences et des plus jeunes, cela est néfaste au dynamisme démocratique. Il semble nécessaire de trouver les outils pour élargir le socle de recrutement du personnel politique et que des gens qui en ont envie d’apporter, ponctuellement, leur compétence, leur enthousiasme, leur envie au service de la collectivité puissent le faire.

Avoir l’onction du suffrage universelle ne permet évidemment pas d’être au dessus des lois. Ça a l’air d’être d’une évidence que de l’écrire, mais, visiblement, ce n’est aussi évident que cela. Pourtant, ce n’est peut-être pas l’essentiel, les condamnations judiciaires étant finalement assez rares dans le monde politique. Ce qui est en cause, c’est toute une culture de la pratique politique, basée sur le cynisme («  la fin justifie les moyens », « on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs », etc)  qui n’est pas illégale au regard des nos lois actuelles mais qui, incontestablement, est immorale. Non, être un tueur en politique n’est pas un titre de gloire. Oui, en politique, comme dans la vie de tout les jours, tout n’est pas permis. Non, les valeurs ne sont pas un piètre guide pour l’action. Pendant des années, toute une tradition intellectuelle a considéré que la Loi fondait la Morale et que ce qui n’était pas interdit pas la Loi était permis. On voit bien ici les limites d’un tel raisonnement : la Loi pose les principes du vivre ensemble, en cerne les contours  , en précise au besoin les détails, la Morale fait appel à l’intelligence de chacun pour agir, quotidiennement, en conscience et en responsabilité. Ce n’est pas tout a fait la même chose.

La moralisation et le renouvellement du personnel politique sont une nécessité pour la vigueur de notre vie démocratique et intellectuelle. Il y a urgence ! Sauf a parier, ce qui n’est pas souhaitable, sur une révolution par les armes ou dans la rue pour rendre au Citoyen sa souveraineté, il faut que nos élus acceptent d’eux mêmes de faire une réforme en profondeur de nos institutions et de leurs pratiques politiques.  C’est l’avenir de la Démocratie qui est en jeu.

Grégoire Turlotte

Alain Lacassagne, Responsable Anticor des Pyrénées-Atlantique, Conseiller Municipal de Bayonne.

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