PAC : la France véritablement gagnante ?

Cette nuit du 7 au 8 février 2013 fut longue – et à la fois courte en terme de sommeil – pour les 27 chefs d’état de l’Union Européenne. Bataille rude entre les « pro » rigueur – David Cameron en tête –, et « anti » austérité, à l’instar de François Hollande qui a défendu sa position « normale », ou égal à lui-même, n’hésitant pas à s’isoler, comme pour le conflit malien, quitte à se retrouver en infériorité numérique face à ses homologues septentrionaux du Vieux continent. Si l’on peut se « réjouir » (en tant que Démocrates prônant la maîtrise budgétaire et le désendettement) qu’il en ressort une baisse « historique » du budget de l’Union, dans un contexte non seulement de crise systémique mais de dettes colossales pour ne pas dire abyssales des états membres (finançant avec l’argent du contribuable l’enveloppe européenne), cela ne va pas sans poser de questions sur ses conséquences vis-à-vis des subventions reversées dans certains secteurs d’activité qui sans elles n’auraient pu perdurer, ou se développer pour d’autres. Je pense notamment à l’agriculture dont une majorité d’exploitants survivent tant bien que mal en partie grâce à ces aides de la Politique agricole commune (PAC) dont le but premier était de soutenir le domaine économique essentiel de l’époque bénie nommée ‘les Trente Glorieuses’ où un monde se reconstruisait suite au plus grand conflit armé de l’Histoire. D’un soutien à la montée en puissance d’une production tendant à une intensivité industrielle répondant à une demande exponentielle de populations, devenues des consommateurs avides de tout ce dont ils avaient manqué mais encore davantage, la PAC est passée à un soutien au secteur en péril par excellence désavoué des pouvoirs publics et trop souvent par nous-mêmes, citoyens de tous horizons, dans un contexte de Marché commun, puis de mondialisation tirant toujours plus le prix des denrées vers le bas. Les subventions au développement d’une agriculture moderne sont en effet devenues dans les années 90 allocations pour maintenir en survie et en sursis des paysans restés sur le bord du chemin, persuadés que leur méthodes traditionnelles étaient les bonnes -tout à leur honneur-, et ceux étourdis par la grandeur et tombés sous le poids vertigineux d’un surendettement étranglant, tandis que certains exploitants en ont profité à pleine dose alors qu’ils n’en avaient aucunement besoin. Chiffre à l’appui il s’avère que ces subventions n’ont empêché la diminution considérable du nombre d’agriculteurs, puisqu’en France en 60 ans leur population fut divisée par 10. D’ailleurs la PAC est un élément de l’engrenage visant la disparition des petites exploitations de polyculture en faveur d’unités intensives spécialisées à échelle industrielle.

L’enveloppe globale de subventions agricoles françaises est légèrement augmentée ; mais ne nous égarons pas, le monde change et est en perpétuelle évolution, pire encore il est devenu instable sur bien des points. J’en veux pour exemple le prix des céréales fixé par la Bourse de Chicago, prix qui depuis 2 ans sont confortables, suite à une baisse importante, elle-même précédée d’une des plus spectaculaires hausse des cours céréaliers de ces dernières décennies avec un pic en 2008 donnant lieu à la première famine mondiale par spéculation des matières premières que l’on pourrait qualifier de crime contre l’Humanité. Ces prix élevés, du blé par exemple, semblent se confirmer et même augmenter à l’échéance de l’automne 2013 (plus de 272 € la tonne) d’après Agritel. Dans ces conditions, on peut s’interroger sur la pertinence des aides européennes pour les céréaliers - jusqu’à une prochaine forte baisse, sans compter la hausse de prix des intrants déjà prévue par les industriels de la pétrochimie (engrais, phytosanitaires, etc.) -, mais cela serait très différent pour les éleveurs qui verront leur coût de production encore augmenter par la hausse du prix d’achat des céréales pour leur bétail. Eux sont déjà étranglés financièrement, à moins qu’ils ne répercutent cela sur le prix de vente de leurs animaux, mais ils ne sont pas à même d’en décider car c’est au bon vouloir des groupements et centrales d’achat, et de plus en prenant l’exemple des moutonniers, ils seraient encore une fois confrontés à la concurrence impitoyable de l’agneau néo-zélandais.

Pour être concret :

- vers une meilleure répartition des aides (inadaptées au modèle agricole durable que l’avenir exige);

- vers un encadrement des cours des matières premières afin d’éviter les fortes fluctuations déstabilisant les stratégies de production;

- vers une territorialisation des bassins producteurs / consommateurs favorisant une agriculture d’excellence et les circuits courts de commercialisation;

Le premier point est réalisable au niveau européen dans le cadre de la réforme actuelle de la PAC, si tant est que cette question de répartition soit soulevée ; concernant le deuxième point cela sera très compliqué à mettre en œuvre car relevant de l’échelon mondial où il s’agira d’entraîner les Etats-Unis dans notre sillage certainement peu enclins à cette initiative, faisons déjà le premier pas au sein du Parlement européen comme ses élus démocrates l’ont fait récemment pour la taxation des transactions financières ; et le dernier point pourrait aisément se réaliser et serait certainement le plus efficace, nos structures politico-économiques nationales suffisant pour y arriver (État, Régions, Collectivités..).

Christophe Chusseau

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