D’où vient la pensée politique ?

Pour s’extraire de la boue politique actuelle, revenons à la source de la science politique. Retrouvons l’authenticité et la beauté de cette science.

Creusons. La science politique mérite en effet cet effort.

A la source, toute science authentique se questionne elle-même:

- Quelle est la pensée qui produit cette science ?

- D’où vient cette pensée ?

Rien ne vaut une image pour répondre.

La pensée politique – et la pensée en général - peut être représentée par une pyramide posée sur un sol en matière brute. Le sol représente la réalité matérielle, perçue par les cinq sens. La base primitive de la pensée est la formulation de ce que perçoivent les cinq sens. Et tout en haut, le sommet tronqué de son pyramidion supérieur est ce qui est inaccessible à la pensée :

La pensée est représentée par la masse centrale, entre la matière brute du sol et le pyramidion supérieur non construit. Cette pensée est organisée par étages successifs, reposant chacun sur les étages inférieurs. La pensée est l’assemblage successif de toutes les idées. 

Et en pratique, comment fonctionne la pensée ?

L’être humain dans son état normal et éveillé a des capacités limitées.

En effet, la conscience en état de veille normale est focalisée sur un fragment du fil de la pensée. Ce fragment est insuffisant pour embrasser d’un regard un éventail d’idées assez large pour combiner avec efficacité celles qui conditionnent l’étage supérieur.

En pratique, le sommeil ou la méditation sont des moyens qui peuvent être utilisés pour explorer les liens des idées et saisir la pensée à la hauteur de vue voulue. En état de sommeil ou de méditation, le champ des idées explorées est plus vaste.

La conscience en état de veille normale est certes capable, mais d’une capacité limitée. Les efforts de la conscience active sont toutefois indispensables pour aller chercher ce qui a pu être exploré lors des états de sommeil et de méditation.

Mais si l’on force la pensée à s’élever par la seule voie de la conscience en état de veille normale, elle risque de récupérer des éléments inadéquats, faute d’embrasser un nombre d’idées de base suffisantes. Ce forçage construira alors des pensées erronées, détachées de la construction véritable. Ces pensées seront perçues comme des pensées «personnelles», satisfaisantes pour l’égo, mais fausses.

Ce qui est personnel, c’est le chemin emprunté pour gravir les étages, et le degré d’élévation atteint.

Les pensées perçues comme« personnelles » sont le fruit d’un effort sincère, et sont des sources de conflits lorsqu’elles seront confrontées à des pensées « personnelles » différentes d’autres individus, qui seront elles aussi le fruit d’un effort sincère.  

Que se passe-t’il dans les hauteurs de la pyramide ?

Dans la pyramide, au-delà d’une certaine hauteur, le langage articulé est incapable d’exprimer la pensée, et doit céder le pas au symbolisme. Les symboles peuvent être utilisés isolément, ou combinés entre eux dans des mythes, des paraboles, des apologues, ou dans certains rêves.

Mais le symbolisme lui-même a ses limites d’expression.

Pour les hauteurs de pensée dépassant la capacité du symbolisme, l’intelligence directe de la construction des pensées est requis. Cette intelligence directe a comme seul instrument soi-même, et nécessite une pureté toute particulière de l’être. A cette hauteur, au-delà du langage articulé, au-delà-du symbolisme, toute interférence du véhicule permettant l’observation est rédhibitoire.

L’intelligence directe de ces éléments de construction les plus élevés est de ce fait réservée au petit nombre (ou aux nourrissons, qui sont encore dans un état de pureté complète !). 

Les faiblesses de la pensée moderne sont-elles réparables ?

Notons tout d’abord que l’effort de la raison discursive demeure indispensable pour structurer l’intelligence directe. Toutes les étapes sont utiles. Le fil de la raison permet d’éviter l’envolée vers le« délire mystique ». Le délire mystique attaque les faibles et les présomptueux pour les faire basculer vers la déraison totale.

Et encore au-delà de ces hauteurs accessibles à l’intelligence directe du réel, demeure le pyramidion sommital, représentant ce qui demeure inaccessible à l’Homme dans son état terrestre. Ce domaine est celui de la foi, et est par nature éloigné de la pensée politique, qui relève de la pensée discursive.

L’époque moderne a perdu le sens de ces distinctions. Les conséquences de cette perte de sens sont d’ailleurs dramatiques.

D’une part, la confusion entre la foi et le politique ont mené à de douloureux désordres. Et d’autre part, toutes les tentatives pour éradiquer la foi ont été sanglantes.

Au total, le schéma, largement nié par la pensée moderne, peut être précisé comme suit :

Un autre travers du manque de discernement de la pensée moderne est aussi de survaloriser la raison discursive et consciente, en perdant les connaissances d’ordre supérieur.

Cette pensée moderne est certes capable de maîtriser la matière brute, mais a une vue trop étroite pour explorer seule et sans errements ces dimensions supérieures. La conséquence en est une pensée fragmentée entre de multiples erreurs. Les « vérités scientifiques » se succèdent en contredisant les précédentes. Les idéologies s’affrontent à mort faute de rattachement principiel.

Pour retrouver l’unité, notre pensée doit ramener la raison discursive à sa place, et tenir compte des voies d’accès aux dimensions supérieures.

Enfin, observons que la lutte pour l’élévation de la pensée mobilise le temps et l’énergie, et fait apparaitre parasitaire la lutte contre autrui. L’élan ascendant de la pensée véritable est pacifique.

La réappropriation de ces connaissances permet de réparer les dégâts de la pensée moderne, ou tout au moins de préparer la sortie paisible de notre époque troublée.

Sylvain Jutteau

2 réflexions au sujet de « D’où vient la pensée politique ? »

  1. On peut tout aussi bien proposer avec le même arbitraire une autre pyramide, avec à sa base foi (= obscurantisme), puis symbolisme, intelligence directe, réalité discursive, et au sommet réalité matérielle.

    L’accumulation d’assertions abstraites pour ne pas dire absconses et non étayées par la réalité mène au vide.

  2. Bonjour Nicolas,

    Il est vrai que le processus d’élaboration de ce schéma est loin du fonctionnement de la science moderne. Il relève de l’intuition directe, et peut comporter des erreurs de perception compte tenu du caractère limité de mes capacités.

    Mais ce schéma est à mon sens en cohérence avec les « assertions » de Platon, de Saint Augustin, de Shankarasharia, d’Issac l’Aveugle, de Plotin, de René Guénon, et d’ailleurs de tous les auteurs perennialistes. Je n’ai en rien innové, j’ai juste mis en cohérence mes lectures et mes intuitions.

    Sauf erreur de ma part, vous apparaissez vous priver du moyen de l’intuition directe, soit que vous ne vouliez pas en bénéficier, soit que vous ne puissiez pas en bénéficier faute d’y porter attention.

    Alors je vous propose un autre chemin, hors les voies de l’intuition.

    Je vais décrire l’opération qui consiste à planter un clou, en considérant en premier le clou.

    Je découpe en sept étapes :

    1) Le clou est enfoncé par le marteau.

    2) Le marteau est actionné par les muscles du bras et de la main.

    3) Les muscles sont commandés par un influx nerveux venant du cerveau.

    4) La coordination des influx nerveux est le fruit d’un mécanisme d’apprentissage, et d’une intention de planter un clou.

    5) L’intention de planter un clou existe en raison d’un projet (fixer une étagère, par exemple).

    6) Le projet existe en raison de l’élaboration d’un contexte culturel et éducatif.

    7) L’intention de mettre en oeuvre ce projet est le produit d’une motivation individuelle aboutissant dans la conscience du planteur de clou.

    Dans cette chaîne de causalité, vous pouvez observer que le plus subtil entraîne toujours le plus matériel.

    Mon raisonnement est que la chaîne de causalité se poursuit, et qu’il existe quelquechose au-delà de la raison humaine consciente, qui la dépasse et la domine. Une huitième étape, en somme, dans le processus du plantage de clou. Une huitième étape plus subtile que le raisonnement discursif et conscient.

    Je reconnais que c’est une « assertion » qui, même si elle partagée par des milliards de croyants et par toute une lignée de sages, est par nature impossible à démontrer par les moyens de la pensée moderne.

    Je pense au demeurant que prétendre à priori qu’il n’y a rien au-delà de la raison humaine, est peu cohérent au regard même de la méthode scientifique moderne : l’hypothèse est écartée sans démontrer qu’elle doit l’être.

    Cette contradiction interne est à mon sens une preuve d’erreur. Il manque un élément qui fait que les « vérités scientifiques » ne restent pas vraies longtemps, et sont remplacées par d’autres « vérités scientifiques » tout aussi fausses puisque basées sur l’éviction non démontrée d’une hypothèse.

    Bien cordialement.

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