Actualité européenne (1/2) : points économiques

L’actualité européenne a été riche ces derniers jours. Comme cela me semble très important, je vous en propose une synthèse – j’espère ne pas être trop austère :

Déclaration de l’EuroGroupe du 1er mars

Suite à sa réunion, l’EuroGroupe (qui réunit les ministres des Finances de la zone euro) a publié cette déclaration. Comme l’EuroGroupe ne s’adresse qu’aux anglophones (ses déclarations sont rarement traduites…), en voici la traduction que Valérie Courteau a faite pour ce blog :

L’Eurogroupe se félicite de l’évaluation faite par la Troïka : la Grèce a fait suffisamment de progrès dans la réalisation des actions convenues au préalable. Toute la législation requise du Parlement et du Cabinet ministériel a été adoptée, et quelques actes d’exécution en suspens devraient être achevés sous peu.

Les ministres notent avec satisfaction que la Grèce a entrepris rapidement des mesures législatives décisives dans les domaines de l’assainissement budgétaire, de l’administration des recettes, de la réforme des retraites, de la réglementation du secteur financier et de la supervision ainsi que des réformes structurelles stimulant la croissance. Cela donnera à l’effort d’ajustement grec une nouvelle impulsion, qui – avec une mise en œuvre rigoureuse du programme d’action convenu par le nouveau plan – constitue la base pour mettre les finances publiques et l’économie de la Grèce sur une trajectoire durable. La Troïka finalisera dans les prochains jours l’évaluation détaillée de la qualité de la transposition des mesures préalables dans la législation grecque.

Dans ce contexte et en vue de l’achèvement des procédures nationales pertinentes dans les États membres, les ministres autorisent le FESF à mettre en œuvre le mécanisme d’amélioration des garanties de l’Eurosystème. Cela implique la fourniture par le FESF d’un programme de rachat de droits des actifs négociables émis ou garantis par le gouvernement grec pour une utilisation à titre de garantie des opérations de politique monétaire de l’Eurosystème.

Les ministres ont également convenu d’une facilité de garantie pour la recapitalisation des banques grecques en cas de problèmes de stabilité financière. En outre, les ministres ont autorisé l’émission, par le FESF, d’obligations pour financer la contribution de la zone euro à l’exercice du PSI et le remboursement des intérêts courus sur les emprunts d’État grecs. L’Eurogroupe, toutefois, rappelle qu’une opération PSI réussie avec une forte participation et une évaluation finale positive de l’ensemble des actions préalables sont des conditions nécessaires à la fois pour les décaissements de ces obligations du FESF et pour le deuxième plan.

L’Eurogroupe attend donc avec impatience une forte participation des créanciers privés dans l’échange de la dette. Les ministres sont convaincus que les modalités décrites dans l’invitation des autorités grecques aux détenteurs d’obligations grecques comportent suffisamment de caractéristiques attrayantes et uniques qui devraient plaire aux créanciers privés et assurer ainsi une plus large participation.

Très honnêtement, je ne sais pas s’il faut en rire ou pleurer… :

  • on réunit les dirigeants financiers de la première puissance mondiale, et ils en sont réduits à “attendre avec impatience” un geste du secteur privé qui est sous leur assistance respiratoire depuis 3 ans ;
  • ils parlent de “caractéristiques attrayantes” à une proposition de la Grèce visant à rembourser 30 pour 100 empruntés… Notez, si vous avez prêté à un État, vous savez au moins comment il compte vous faire à l’avenir des “propositions attrayantes”…
  • présenter des mesures mortifères appliquées à un pays en Dépression comme des “stimulateurs de croissance” frise quand même  l’abjection ;
  • la Grèce est en effet sur une trajectoire durable : celle de la misère durable…

Déclaration des chefs d’État de l’EuroZone du 2 mars

Suite à leur réunion, les chefs d’État de l’EuroZone ont publié cette déclaration :

Les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro se félicitent des progrès accomplis en ce qui concerne le nouveau programme grec, et notamment de l’accord dégagé par l’Eurogroupe sur le train de mesures et l’offre faite aux créanciers privés.

L’objectif du programme est de remettre l’économie grecque sur une trajectoire qui soit tenable, de faire en sorte que la dette soit ramenée à un niveau supportable et de restaurer la compétitivité.

Ils saluent aussi les textes législatifs relatifs aux actions préalables arrêtées qui ont été adoptés par les autorités grecques, qui permettront l’adoption formelle du programme de la Grèce dans les prochains jours.

Pour que le second programme de la Grèce puisse être pleinement appliqué et donne des résultats, il est essentiel d’améliorer encore la capacité institutionnelle de la Grèce et de renforcer le suivi des mesures sur place. C’est pourquoi les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro soutiennent les mesures que prend actuellement la Commission pourrenforcer sa présence en Grèce afin d’améliorer le suivi du programme et la fourniture d’une assistance technique grâce au travail réalisé par sa task force. Ils appuient également les mesures concrètes et spécifiques destinées à stimuler la croissance, présentées par le Premier ministre de la Grèce et le président de la Commission, y compris l’utilisation des fonds structurels de l’UE pour de grands projets d’infrastructure, ainsi que des mesures visant à améliorer l’environnement des entreprises, accroître les liquidités pour les PME, et à promouvoir l’emploi et la formation.

Ils réaffirment qu’ils s’engagent à réévaluer d’ici la fin du mois si le plafond global du FESF/MES est suffisant. [...]

Les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro rappellent qu’ils sont résolus à faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et qu’ils sont prêts à agir en conséquence.

Sans commentaire…

Conclusions économiques du sommet européen des 1er et 2 mars

Suite à leur réunion, les chefs d’État de l’UE ont publié ces conclusions (extraits) :

L’Union européenne prend toutes les mesures nécessaires pour remettre l’Europe sur la voie dela croissance et de l’emploi.

Pour 2012, le Conseil européen fait siennes les cinq priorités suivantes :

  • assurer un assainissement budgétaire différencié, axé sur la croissance,
  • rétablir des conditions normales d’octroi de crédits à l’économie,
  • promouvoir la croissance et la compétitivité,
  • lutter contre le chômage et les conséquences sociales de la crise, et
  • moderniser l’administration publique. [NB. En novlangue, "moderniser" = déréglementer, affaiblir]

Si l’on veut retrouver des taux de croissance et d’emploi plus élevés, il est essentiel d’assainir les finances publiques. Cela doit se faire de manière différenciée en fonction de la situation dans chaque État membre. Tous les États membres devraient continuer àrespecter les engagements qu’ils ont pris [NB. Oui, oui, ils ont bien écrit ça : 'les chefs d'État devraient respecter leurs promesses'... Ils ont dû se rendre compte qu'il avait des lobotomisés parmi eux...] conformément aux règles du pacte de stabilité et de croissance, lesquelles permettent aux stabilisateurs économiques d’intervenir dans la trajectoire d’ajustement budgétaire structurel, tout en veillant à la viabilité à long terme des finances publiques. Les pays bénéficiant d’un programme d’assistance devraient s’en tenir aux objectifs et aux réformes structurelles arrêtés dans le cadre du programme. De la même façon, les États membres soumis aux pressions des marchés devraient se conformer aux objectifs budgétaires fixés et se tenir prêts à mettre en œuvre des mesures d’assainissement supplémentaires, s’il y a lieu. Tout en poursuivant les efforts d’assainissement, les États membres doivent surtout veiller à accorder la priorité aux dépenses qui constituent un investissement dans la croissance future, en particulier l’éducation, la recherche et l’innovation. [...]

La politique fiscale peut contribuer à l’assainissement budgétaire et à la croissance. [...] Dans le respect de la compétence des États membres dans ce domaine, le Conseil européen invite ces derniers, s’il y a lieu, à réexaminer leurs systèmes fiscaux, pour les rendre plus efficaces, en supprimant les exonérations injustifiées, en élargissant l’assiette fiscale, en allégeant la pression fiscale qui pèse sur le travail, en améliorant l’efficacité de la perception de l’impôt et en luttant contre la fraude fiscale. Le Conseil et la Commission sont invités à concevoir sans tarder des moyens concrets de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, y compris en rapport avec les pays tiers, et à en rendre compte d’ici juin 2012. [...]

Des mesures résolues sont nécessaires pour atteindre un taux d’emploi de 75 % d’ici 2020. [64 % en 2010 ; 75 %, c'est quasiment le plein emploi...] Pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, il faut mettre en œuvre des stratégies d’inclusion actives comprenant des mesures d’activation [NB. hein ?] en matière d’emploi. [...]

Les États membres devraient:

  • accroître leurs efforts de manière à ce que l’embauche soit plus facile et présente davantage d’intérêt pour les employeurs, [NB. Heu, donc, travailler, ça ne suffit plus ?] si nécessaire en améliorant les mécanismes de fixation des salaires [NB. Conformément à la novlangue, vous n'allez vraiment pas aimer ce genre d'amélioration...] ;
  • éliminer les obstacles à la création de nouveaux emplois [NB. Conformément à la novlangue, vous n'allez vraiment pas aimer ce genre d'élimination d’obstacle...] ; et
  • mettre en œuvre des politiques actives de l’emploi, afin notamment de renforcer la participation des jeunes, des femmes et des travailleurs âgés. [...] [NB. Amen]

Il souligne qu’il importe de progresser dans la reconnaissance des qualifications professionnelles, la réduction du nombre des professions réglementées [NB. Si on a réglementé des professions, ce n'est pas pour rien - le retour du délire dogmatique "néoconservateur anarchiste". Comme si c'est ça qui nuit à l'emploi, tssss] et la suppression des barrières réglementaires injustifiées. [NB. Ok, je vais chercher la liste officielle des méchantes "barrières réglementaires injustifiées qui sont là rien que pour embêter les gentilles gens"] [...]

En particulier, les efforts se poursuivront afin :

  • de faire en sorte que le marché unique atteigne un nouveau stade de développement grâce au renforcement de sa gouvernance ainsi qu’à l’amélioration de sa mise en œuvre et du respect de ses règles. [...] Le Conseil européen attend avec intérêt la présentation, en juin prochain, de la communication de la Commission sur le marché unique et de son rapport concernant la directive sur les services. Il se félicite que la Commission ait l’intention de proposer au second semestre de cette année une nouvelle série de mesures destinées à ouvrir de nouveaux domaines de croissance dans le marché unique. À cet égard, le Conseil européen souligne qu’il importe d’achever le marché unique [NB Oh oui, oh, achevons-le !!!!] et de supprimer les derniers obstacles ;
  • de réduire la charge administrative et réglementaire au niveau de l’UE et à l’échelle nationale ;
  • de lever les barrières commerciales [NB. le retour du délire dogmatique "néoconservateur anarchiste"] et d’améliorer l’accès au marché et les conditions d’investissement ; [...]

Le Conseil européen considère qu’en accentuant la “pression des pairs”, il sera possible d’augmenter l’adhésion et la responsabilité au niveau des chefs d’État ou de gouvernement en ce qui concerne le rôle du Conseil et des États membres pour ce qui est de développer le marché unique et d’en respecter les règles.

Dans le même ordre d’idées, il est important de mener rapidement à bien la réforme de la réglementation du secteur financier. [NB. Ah, oui, "rapidement"... Elle a commencé quand la crise financière d'ailleurs ?]. De plus, il convient d’approuver, d’ici juin et décembre 2012 respectivement, les propositions relatives aux exigences de fonds propres des banques et aux marchés d’instruments financiers, sans perdre de vue l’objectif d’un corpus réglementaire unique [NB. clair ! Manquerait plus qu'un pays se mette à être prudent maintenant... Ce sont les Anglais qui sont derrière cette phrase, j'imagine ?] et en assurant une mise en œuvre cohérente et en temps utile de Bâle III. Les modifications apportées au règlement sur les agences de notation de crédit devraient être adoptées dès que possible. Le Conseil européen attend avec intérêt les résultats de l’analyse actuellement effectuée par la Commission sur les mentions obligatoires, dans la législation de l’UE, des notations établies par les agences de notation. [NB. oui, bien sûr, tout ira mieux sans les agences. D’ailleurs, en général, pour guérir, le mieux reste de casser le thermomètre... Derrière ceci, il y a la volonté de permettre aux investisseurs réglementés d'acquérir les titres de dettes publiques de plus en plus pourris, puisque les plus prudents ne peuvent investir qu'en triple A pour protéger les épargnants...] 

Il est important de rétablir la confiance des investisseurs dans le secteur bancaire de l’UE [NB. Tu l'as dit, bouffi... C'est comme si c'était fait !] et d’assurer le flux du crédit vers l’économie réelle, notamment par le renforcement des fonds propres des banques sans réduction excessive de la taille de leurs bilans et, le cas échéant, par l’adoption de mesures destinées à favoriser l’accès des banques au financement. La Commission est invitée à examiner les possibilités de renforcer [NB. oulà, que d'entrain...]  le cadre actuellement applicable aux salaires des dirigeants d’entreprises.

Mention spéciale au “Si l’on veut retrouver des taux de croissance et d’emploi plus élevés, il est essentiel d’assainir les finances publiques”. Car s’il faut rééquilibrer les finances publiques (pour une gestion saine), il est stupéfiant de lire que les déficits réduiraient la croissance, alors qu’ils la soutiennent de façon importante depuis 20 ans ! Car oui, si on dépense plus que ce que l’on gagne, on vit évidemment mieux ! Le souci est qu’on est censé rembourser tout le surplus “fictif” à l’avenir, pour rendre l’opération de crédit neutre… Il n’y a qu’à voir les États-Unis, qui s’en sortent actuellement mieux que l’Europe car ils n’ont pas le moindre effort de réduction des déficits et s’endettent toujours comme des gloutons. Et ça marche – enfin, jusqu’à ce que tout s’écroule un jour…

D’ailleurs, le mot “croissance” figure 23 fois en 14 pages. Quand vont-ils comprendre qu’elle ne reviendra pas ! Nous ne sortirons pas de cette crise historique avec les recettes “d’avant”, il va falloir changer nos mentalités…

Et que ce n’est pas grave (pourquoi faudrait-il croitre tout le temps ???) MAIS il faut adapter l’économie à une croissance nulle. Le drame est de ne rien faire, et d’attendre sans arrêt le grand retour d’Elvis Presley au lieu de simplement s’adapter… Je vous renvoie vers le billet sur l’excellent livre Prospérité sans croissance.

Dans le prochain billet, suite de l’actualité européenne avec le TSCG, et d’autres bonnes surprises…

Olivier Berruyer

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