Dette publique et tour de magie

Et si on parlait de dette publique de façon simple ?

Retirons les notions de « PIB », de pourcentage, de taux d’intérêts.

Arrêtons d’évoquer ces milliards qui dépassent notre entendement, et remettons tout à l’échelle humaine.

Même si ce procédé est critiquable, car un Homme  a une durée de vie différente d’un Etat, nous aurons au moins gagné en lisibilité.

Prenons le cas d’une famille moyenne avec deux parents salariés et deux enfants scolarisés.

Le salaire de madame est le salaire moyen des femmes, soit 1834 € / mois.

Le salaire de monsieur est le salaire moyen des hommes, soit 2240 € / mois.

Quelle est leur situation au regard de la dette publique ?

En plus des dettes courantes pour leur achat de maison et de voiture, leur part de la dette publique est de 104.123€ (dont  4.593 € en raison des « cadeaux fiscaux » du début du quinquennat).

Cette dette, déjà lourde, augmente  de 1396 € chaque mois car les dépenses sont très supérieures aux recettes. En effet, leur part de dépenses publiques est chaque mois de 5610 €, alors qu’ils paient des prélèvements obligatoires à hauteur de  de 4214 €.

Le système tient malgré tout car il reste des prêteurs qui acceptent de leur verser ces 1396 € par mois dans l’espoir d’être un jour remboursés.

Il y a toutefois un problème.

Les prêteurs constatent que les dépenses battent des records. Les prêteurs peuvent par exemple constater que le nombre de fonctionnaires publics territoriaux a augmenté de plus d’un demi-million ces dix dernières années, ou que la dépense par élève du secondaire est passée en euros constants de 6651 € en 1989 à 9377 € aujourd’hui.

Et au plan global, les prêteurs peuvent remarquer que les dépenses publiques ont augmenté en euros constants de plus d’un tiers au cours des vingt dernières années, alors qu’elles étaient il y a vingt ans déjà excessives au regard des recettes.

Les prêteurs peuvent aussi remarquer que les dépenses publiques représentent désormais 1,3 fois les dépenses privées. Ils peuvent penser que c’est intenable, et que la bureaucratie dévore l’argent. Ils peuvent constater aussi que le gouvernement actuel a amplifié ces excès.

De plus, du côté des recettes, la pression fiscale a des limites pratiques. La fortune cumulée de tous les milliardaires français permettrait de payer 1 mois et 20 jours de dépenses publiques. Les riches sont certes très riches, mais un camion-citerne, même énorme, est  impuissant à remplir un océan : concrètement, l’échelle n’est pas la même.

Il y a un donc pour les prêteurs un risque de non-remboursement, ainsi que cela est avéré en Grèce.

Pour pouvoir prêter, rappelons que ces prêteurs collectent l’épargne d’une multitude d’individus qui produisent plus qu’ils ne consomment : les fourmis prêtent aux cigales.  Ces prêteurs demandent un taux plus élevé pour rémunérer le risque de non-remboursement qui émerge.

 Alors il se produit un tour de magie.

Les prêteurs changent de nom.

Par la magie de la propagande médiatico-politique, les prêteurs deviennent des « marchés financiers qui attaquent », des « banquiers avides de profits », des « fonds spéculatifs qui jouent contre les Etats ». On accuse en bloc tous les intermédiaires. Un certain conducteur de pédalo parle même de « spéculation infondée contre les Etats ».

« infondée » ?…

Qui se laisse bluffer par ce vilain tour de magie ? Qui se laisse entraîner à la facilité d’accuser l’autre de ses propres turpitudes ?

Ces questions en appellent surtout une autre, peut-être plus fondamentale : qui est capable de tenir un discours juste ?

Sylvain Jutteau

Webographie :

Salaires moyens selon l’INSEE /

Montant de la dette publique selon l’INSEE /

Population française selon l’INSEE /

Dépenses publiques selon les documents budgétaires du projet de loi de finances pour 2012 /

Prélèvements obligatoires  selon les documents budgétaires du projet de loi de finances pour 2012 /

Evolution de la fonction publique selon les documents budgétaires du projet de loi de finances pour 2012 /

Dépense par élève selon l’INSEE, évolutions depuis 1980 /

Les plus grandes fortunes de France selon le magazine Challenges /

12 réflexions au sujet de « Dette publique et tour de magie »

  1. Je ne comprends rien, est-ce que c’est normal? Pourtant, dans une entreprise très « élitiste » on m’a déjà dit que je n’étais « pas un cador, mais loin d’être un con ».

    Est-ce qu’il faut prendre tout pour argent comptant dans ce billet sans réfléchir?!

    Déjà, pourquoi prendre le salaire moyen (qui ne veut rien dire), plutôt que le salaire médian?

  2. Ah! L’auteur est semble t-il, sauf erreur de ma part, directeur dans un organisme de vente immobilière. Dès lors, je comprends mieux pourquoi je ne comprends rien…

  3. « Cette dette, déjà lourde, augmente de 1396 € chaque mois car les dépenses sont très supérieures aux recettes. En effet, leur part de dépenses publiques est chaque mois de 5610 €, alors qu’ils paient des prélèvements obligatoires à hauteur de de 4214 €. »

    Est-ce que l’auteur pourrait m’expliquer cette assertion incompréhensible?

    Sinon, je laisse tomber ce blog, ce qui serait bien dommage parce qu’il y y a des fois des articles très bien argumentés et de haut niveau (je pense à Ch. Romain par exemple).

  4. [quote=JF le démocrate]Je ne comprends rien, est-ce que c’est normal? Pourtant, dans une entreprise très « élitiste » on m’a déjà dit que je n’étais « pas un cador, mais loin d’être un con ».Est-ce qu’il faut prendre tout pour argent comptant dans ce billet sans réfléchir?!Déjà, pourquoi prendre le salaire moyen (qui ne veut rien dire), plutôt que le salaire médian?[/quote]

    Je prends le salaire moyen pour donner un point de référence. Le salaire médian, inférieur au salaire moyen, est un autre point de référence, pourquoi pas…

    Alors pourquoi avoir choisi le salaire moyen plutôt que le salaire médian ?

    …Et bien c’est précisément pour éviter la critique du choix du salaire médian, qui rend les chiffres de prélèvements obligatoires et de dépenses encore plus impressionnants par rapport au revenu.

    La réalité est déjà assez rude pour ne pas en rajouter en faisant des choix de présentation trop favorables à la démonstration.

    Comme vous accumulez les présupposés dans vos messages suivants, je suis convaincu que vous êtes dubitatif sur ma réponse, pourtant parfaitement sincère.

  5. [quote=JF le démocrate]« Cette dette, déjà lourde, augmente de 1396 € chaque mois car les dépenses sont très supérieures aux recettes. En effet, leur part de dépenses publiques est chaque mois de 5610 €, alors qu’ils paient des prélèvements obligatoires à hauteur de de 4214 €. »Est-ce que l’auteur pourrait m’expliquer cette assertion incompréhensible?Sinon, je laisse tomber ce blog, ce qui serait bien dommage parce qu’il y y a des fois des articles très bien argumentés et de haut niveau (je pense à Ch. Romain par exemple).[/quote]

    Je prends le total des dépenses publiques, je les divise par le nombre d’habitants en France, et je multiplie ce chiffre par quatre, soit le nombre de personnes composant ce foyer standard de référence. Ce foyer a deux actifs et deux inactifs, ce qui est une proportion proche de la population française.

    De même, je prends le total des prélèvements obligatoires, je les divise par le nombre d’habitants en France, et je multiplie ce chiffre par quatre.

    Oui, votre remarque me laisse penser que j’aurais pu expliquer ce mode de calcul. Je l’avais mis dans une première version, mais je l’ai enlevé pour alléger le texte.

    Votre remarque a permis de rétablir ce qui apparait être un manque.

  6. [quote=JF le démocrate]Ah! L’auteur est semble t-il, sauf erreur de ma part, directeur dans un organisme de vente immobilière. Dès lors, je comprends mieux pourquoi je ne comprends rien…[/quote]

    Votre remarque ad hominem me parait sans lien avec le débat.

    Mais je n’ai rien à cacher de mon activité professionnelle, et il suffit de « Googler » pour savoir que je dirige l’activité de gestion immobilière du réseau Century21. L’activité se porte bien, merci. Nous gérons 130.000 logements en gestion locative, réalisons 40.000 locations par an, et avons même récemment relancé l’activité de syndic de copropirété qui a bien besoin d’une élévation de la qualité de prestation.

    Nous plaçons le service à nos clients au centre de nos préoccupations. Nous parlons d’ »obsession de la satisfaction du client ». J’espère avoir l’honneur de me mettre à votre service un jour.

    Cordialement.

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