LE FILM L’ORDRE ET LA MORALE CENSURÉ À NOUMÉA!

L’Ordre et la Morale est le titre du dernier film de Mathieu Kassovitz. Ce film dérange d’ores et déjà les bien-pensants. Et ce, depuis son tournage. Il ferait dans le politiquement incorrect!

Dans l’Ordre et la Morale, Mathieu Kassovitz évoque une «épopée violente et trouble» très politisée. Voici un extrait  de la bande-annonce publié sur le site du film: « 1988, dans l’île de Nouméa en Nouvelle-Calédonie.« 30 gendarmes retenus en otage par un groupe d’indépendantistes kanak. 2 hommes face à face: Philippe Legorjus, capitaine du GIGN et Alphonse Dianou, chef des preneurs d’otages. À travers des valeurs communes, ils vont tenter de faire triompher le dialogue. Mais en pleine période d’élection présidentielle, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale.»

Malheureusement, cette négociation pour libérer les otages n’aboutira pas. L’assaut sera donné par l’armée et fera 2 morts chez les militaires et 19 chez les Kanaks.

Cette prise d’otages sanglante s’est déroulée dans un contexte d’élection présidentielle, pendant la campagne qui opposa François Mitterrand à Jacques Chirac.

Mathieu Kassovitz dans son oeuvre présente l’histoire du point de vue du négociateur du GIGN, le commandant Lejorgus (qu’il incarne d’ailleurs à l’écran). Le scénario est d’ailleurs tiré du livre de ce dernier «L’Ordre et la morale».

Le projet du film  a muri 10 ans  après la lecture du rapport de la ligue des droits de l’homme sur cette affaire.

Au moment où J’écris ce billet, le film l’Ordre et la Morale est interdit de projection. Le vilain mot de censure que l’on croyait disparue en France, n’est pas lâché par ceux qui pratiquent cette interdiction, et par ceux qui comptent ne pas projeter ce film dans une partie de la Nouvelle-Calédonie sous le couvert de la bien-pensance.

Quel parcours chaotique pour un film que l’on nous soupçonne pas lorsqu’un sujet sort des clous du politiquement correct!

Le film devait être présenté à Cannes mais il n’a pas été retenu, à la grande déception de son réalisateur alors que d’autres films sur des sujets similaires ont été retenus par le jury.

Le tournage a été épique. À la suite de menaces d’un groupe indépendantiste de Kanack, Mathieu Kassovitz s’est rabattu pour tourner son film en Polynésie. "Malgré tous nos efforts pour convaincre tout le monde, il restait des résistances, et on ne pouvait pas prendre le risque de mettre en danger le tournage. [...] Ce dont j'avais besoin, ce n'était pas d'un décor pour le tournage, c'était des Kanaks, eux-mêmes. Si j'avais admis ça plus tôt, j'aurais gagné cinq ans."

Qu’à cela ne tienne, le tournage du film a provoqué l’ire du député UMP et président de l’assemblée de la Province sud de Nouvelle-Calédonie. L’élu s’en est pris aux autorités locales de Papeete qui ont apporté une aide financière au tournage.

En France, la sortie du film a lieu le 16 novembre dans les conditions de sortie de tous les autres films.

Mais peu d’entre nous savent qu’en Nouvelle-Calédonie, il est censuré. Le seul exploitant de cinéma (multiplex) de Nouméa, Douglas Hickson a jugé le film trop sensible pour être mis à l’affiche. Il serait « trop polémique et très caricatural».

Mathias Waneux, élu de Nouméa et ami de Mathieu Kassovitz a regretté sa décision. Selon lui,« C'est un film qui s'inscrit dans le cadre du devoir de mémoire et du processus de réconciliation» et «Ceux qui disent que les gens d'ici ne sont pas mûrs pour le voir ont tort car jamais aucun film au monde n'a donné lieu à autant de démarches de rapprochement humain.» si le film est censuré à Nouméa, il sortira à Papeete.

L’exploitant de Pacific Film soeur de Cinécity, défend la position de Douglas Dickson et adopte la langue de bois pour démontrer qu’il ne s’agit pas de censure. Pour le directeur de Pacific Film, la question de la diffusion en Polynésie « : « Je me mets à leur place : si j’avais un film sensible au cœur d’une polémique et susceptible de créer du désordre dans un de mes cinémas, j’aurais peut-être été obligé de renoncer au film et de prendre la même décision » affirme-t-il, en ajoutant : « ce n’est pas de la censure. Ceux qui le veulent sont libres de diffuser le film en Nouvelle Calédonie ».

C’est dans la tradition du cinéma engagé et la défense de la liberté d’expression que s’inscrit le film l’Ordre et la Morale. Indépendamment de notre sensibilité politique, Il faut défendre à tout prix l’indépendance du 7e art pour qu’il ne soit pas la botte de la politique politicienne.

La Nouvelle-Calédonie est très loin de notre pays mais son histoire fait partie de notre pays. Et il est inacceptable que chez nous, la censure soit d’actualité!

Nicole Bétrencourt.

Une réflexion au sujet de « LE FILM L’ORDRE ET LA MORALE CENSURÉ À NOUMÉA! »

  1. Je connais mal l’affaire mais, à en juger par votre propre article, il me semble inexact de parler de « censure »,de « interdit de projection » ou de « politique politicienne ». Je comprends (mais peut-être à tort) que le principal exploitant de salles néo-calédonien a préféré ne pas diffuser ce film pour éviter des troubles dans ses établissements, et ce après l’avoir visionné et avoir jugé (à tort ou à raison) qu’il était trop caricatural. Je suppose qu’il y a des dizaines, voire des centaines de films qui sortent à Paris et qui ne sont pas distribués en Nouvelle-Calédonie, pour des raisons commerciales diverses. Ce sont les charmes de la gestion privée et tant qu’il n’est pas démontré qu’une démarche politique est à l’origine de cette décision, il me semble injuste d’affirmer le contraire.

    Par ailleurs, un parcours difficile n’est pas « chaotique » mais « cahoteux » ; tandis qu’un déplacement difficile est « cahotant ». On confond souvent « chaos » et « cahot »…

    Amicalement,

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