Réviser la croissance et prescrire la rigueur : pour aller où ?

Nous sommes au bord du précipice. L’Italie a quasi basculé. Après Moody’s, c’est Standard and Poor’s qui menace de dégrader la note de la France… Les sommets européens qui s’enchaînent et se ressemblent du dimanche au mercredi (comme dans la comptine « Le petit prince a dit ! ») ne débouchent sur aucune solution, chacun restant autocentré sur ses problématiques nationales.

Ce qu’on sait depuis hier, c’est que nous allons devoir en France « réviser » nos prévisions de croissance de 1,75 à 0,9, et qu’un nouveau plan de rigueur va s’en suivre, d’après ce que dit François Fillon. On entend les récriminations du PS qui affirme que la cure d’austérité est plus suicidaire encore que le déficit lui-même. La régulation préconisée : interdiction de la spéculation sur la dette souveraine, s’accompagne de l’idée (vœu pieux) de la nécessité de relancer la croissance…

Réviser la croissance, relancer la croissance… La croissance, en toutes saisons, objet de toutes les préoccupations et de tous les soins ! On pourrait aisément filer la métaphore agricole et montrer que la croissance économique subit sensiblement les mêmes problèmes structurels que la croissance des plantes, dopée artificiellement ces dernières années pour parvenir aux périls écologiques que l’on sait. Mais on a depuis, promu l’agriculture raisonnée ; et de plus en plus nombreux, les agriculteurs reviennent au bio…

Or, en économie, comble de l’absurdité : nous sommes malades de la croissance et on continue à nous prescrire des remèdes de cheval pour pouvoir la relancer.

Il faut bien sûr en finir avec ces déficits publics qui fragilisent terriblement nos économies autant que nos diplomaties. Sans doute, cela passe-t-il par des sacrifices auxquels les Français comme les autres pays européens doivent se plier. La terre au naturel a besoin de jachère pour continuer à porter des fruits sains. Mais quelles garanties avons-nous que les fruits de nos économies, une fois les comptes publics apurés, seront sains ? Où se définit aujourd’hui ce qu’on pourra appeler « une croissance raisonnée » de l’économie ?

On préconise de purger les déficits publics mais aussi de relocaliser, produire, créer de l’emploi, verser des salaires, consommer pour relancer le vieux cycle dont on sait maintenant qu’il n’est pas vertueux…

S’agit-il de nous désintoxiquer pour nous rendre ensuite à notre ancienne addiction ? Dans ce cas, qui pourra avaler la couleuvre ? Si on gèle temporairement mon salaire de fonctionnaire pour réduire les déficits sans mettre en place les leviers d’un nouveau modèle social, économique et environnemental, je ne peux pas être satisfaite.  Et traduira-t-on alors de mon insatisfaction que je suis attachée à mes privilèges de nantie ?

Si en revanche, on gèle mon salaire de fonctionnaire en m’indiquant par des mots et par des actes qu’on cherche une voix nouvelle qui nécessite ma participation active de citoyenne consommatrice, alors, j’accepte le sacrifice, parce que je sais qu’on me conduit quelque part, hors des anciennes ornières.

Il faudrait que le président de la République soit crédible pour nous emmener quelque part dans un autre moyen de transport qu’un Air Sarko One qui symbolise la faillite d’un modèle centré autant sur la compétition que sur la consommation déraisonnée… 

Les candidats semble-t-il ont déjà lâché les vieilles promesses. Il faudrait que le prochain président lâche maintenant les vieilles recettes… Et d’abord celle de l’image d’un président qui  seul, devant tous, tire la Nation souffrante, vers le jour éblouissant du renouveau…

Car la recette est entre TOUTES les mains. A la fois globale et personnelle, elle ne peut être l’affaire de spécialistes techniciens de la politique : elle est de solidarité, de responsabilité et d’engagement citoyens. Nous pouvons tous la mettre en place, chacun à notre niveau dans nos modes de vie et de pensée.

Voilà pourquoi la révolte des indignés qui incrimine les banques, les financiers, les structures se trompe de cible. On peut camper des heures sur les places des grandes capitales mondiales en criant haro sur la canaille capitaliste. Si on court s’acheter un hamburger chez Mac Do et des pompes chez Nike entre deux sittings, autant souffler dans un violon. La vérité est que nous sommes tous responsables !

Quel futur président (élu s’il le dit ?) nous le dira ? Non pas le « je vous ai com-pris » qu’on dit à des enfants (pour rester poli), mais le « vous êtes com-pris » (au sens « pris dedans », sollicités, engagés, mobilisés).

Nous ne sommes pas en guerre, et il  me paraît vraiment d’un autre temps de donner du sang, des larmes et de l’argent, à un président qui me demande ma seule confiance et encore moins à une structure étatique qui ferait les choses à ma place.

Par contre, je suis certaine que le jour où les dirigeants de mon pays me diront la vérité, à savoir que mon mode de vivre et de consommer a des répercussions sur des équilibres planétaires qui ne me dépassent que parce qu’on me le fait croire… Ce jour-là, cette vérité me rendra libre et  à mon niveau, j’accepterai alors de m’engager, de donner et de participer avec confiance à la création d’un autre modèle de croissance !

Encore faut-il qu’on me le dise…

Marie-Pierre BARRIERE

6 réflexions au sujet de « Réviser la croissance et prescrire la rigueur : pour aller où ? »

  1. @Sylvain : J’imagine bien ! J’ai changé très récemment mon portable pour ne plus y capter internet, le micro-ondes n’est pas encore en panne, mais le grille-pain et la bouilloire ont rendu l’âme (quand c’est arrivé au lave-vaisselle, on a mis un an et demi à le faire réparer, on adorait contraindre les enfants à leur tour d’essuyage…), je n’achète plus rien en hypermarché, et je ne me sens absolument pas concernée par la pub : je n’ai pas la télé… Bon j’avoue, j’ai acheté des chaussettes Nike en promo à mes gars cet été, mais c’est à peu près à ce moment-là qu’on a adopté des poules : ça vaut pour la compensation environnementale…

  2. bonjour, j’ai des propositions a vous faire :

    - balancez par la fenêtre votre téléphone portable
    - supprimez de votre cuisine le four a micro-ondes
    - allez toujours a pied pour faire vos courses alimentaires
    - évitez de façon systématique tout achat d’un produit ou d’une marque qui a fait l’objet d’une communication publicitaire

    Quatre règles de comportement économiques, anti-stress, et très agréables a suivre.

    Imaginez un instant le bouleversement si toutes ces règles sont adoptées, ne serait-ce que par une personne sur cinq !

    Cordialement.

  3. « Cette vérité me rendra libre ».

    « Vous connaîtrez la vérité, et cette vérité vous rendra libre ».

    Mais où donc ai-je lu cette phrase, Marie-Pierre ?

    Bises

  4. @Christian : Mince, je suis démasquée… ;-) Un vieux fond tenace de démocratie chrétienne ! Bises aussi

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