Match sur les algues vertes, agriculteurs vs écologistes : résultat nul

Il y a peu de temps, j’écrivais et publiais un article sur le dramatique sujet du suicide des agriculteurs, et je tiens à préciser que je ne renie en rien et ne renierai jamais tout ce que j’ai pu y écrire. En effet, je suis directement issu de familles d’agriculteurs et envisage une activité en partie agricole, je suis donc solidaire du monde paysan. J’ose utiliser le mot ‘paysan’, et ne comprends pas que certains intéressés s’en offusquent et que des bien-pensants "académiques" l’aient relégué à un vocable littéraire se rapportant à une activité ancestrale et révolue, ce qui est très révélateur d’un changement très significatif : l’agriculture est passée en quelques décennies d’un labeur de subsistance à une vocation familiale, puis à une profession où la rentabilité prime.
Lorsque le 11 août 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie, du développement durable…, affirme que la prolifération des algues vertes sur nos côtes, en particulier bretonnes, est liée aux rejets massifs de ‘nitrates’ des élevages intensifs avicoles et porcins, elle a raison, mais ceci est à nuancer ; une autre source de ces polluants vient de stations d’épuration qui répondent mal aux normes de "confinement", les services publics ne montrent donc pas l’exemple. Les responsables agricoles locaux s’indignent des propos de la ministre en se dressant contre un lobby écolo qui serait anti-agriculteurs conventionnels. On assiste à une confrontation de deux blocs – depuis le début d’un réveil de conscience écologique –, tout comme le bipartisme politique droite-gauche. Pourtant, agriculture et écologisme vont de pair. Un autre lobby, est à l’origine de la grave dérive vers le ‘tout intensif’ agricole, il s’agit des industriels de l’agro-alimentaire et pétrochimiques qui font des bénéfices pharamineux en inondant la production agricole de leurs engrais chimiques et autres phytosanitaires de synthèse, et d’aliments composés contenant antibiotiques ainsi que diverses substances médicamenteuses, encourageant un système agricole outrancier. Un aviculteur breton expliquait le jour-même à la télévision qu’il exporte 90 % des fientes de son élevage de poules, vers le bassin parisien pour les céréaliers, et que les déjections des grands élevages bretons n’étaient donc pas la source du problème de l’apparition d’algues vertes, qui prend des proportions inquiétantes ces dernières années. Cet exemple aura peut-être convaincu beaucoup de téléspectateurs mais pas moi, car pour un exemple de ce type, combien d’élevages intensifs épandent leur lisier alentour parfois à proximité de ruisseaux et rivières, en Bretagne, mais aussi un peu partout en France. Si aujourd’hui, le littoral breton est principalement touché par ces algues vertes, rien ne nous dit que cela n’arrivera pas sur d’autres zones côtières françaises, car les taux de nitrates et de phosphore d’une majorité de cours d’eau du pays, sont extrêmement élevés. Sans doute peut-on aussi imputer une partie de la pollution des eaux françaises à l’industrie chimique, mais c’est surtout vrai en Vallée du Rhône et aux environs des grands étangs du Sud de la France, où sont implantées ces grosses industries potentiellement très polluantes. Il est donc plus que temps que chacun assume sa part de responsabilité dans la qualité des eaux ; les agriculteurs aussi, et de surcroît, la qualité des sols, car il est aussi navrant de constater que par endroit des terres agricoles jusqu’ici très productrices deviennent stériles par excès d’engrais chimiques et de pesticides. "C’est parce que la terre est vivante qu’elle est source de vie", ne la tuons pas !
Comme je l’expliquais dans un précédent article, les paysans ont été poussés en avant par les banques et les industries chimiques dans ce système d’agriculture intensive ; mais je les en prie : qu’ils cessent de se voiler la face et avouent une bonne fois pour toute – je m’adresse à une catégorie d’entre eux très majoritaire – qu’ils sont dans un mauvais système. Alors, un véritable travail de réapprentissage pourra enfin commencer afin que les agriculteurs renouent avec la nature pour redevenir d’honorables garants d’un environnement rural préservé pour leurs enfants, pour nos enfants. Enfin, cette mission s’accomplira d’autant mieux si paysans et écologistes établissent un dialogue respectueux mutuellement. Le match à lequel je fais allusion dans le titre, est un match de football qui s’est déroulé entre agriculteurs sur la plage de Morieux le 12 août. Les élus locaux étaient invités par des responsables agricoles des Côtes d’Armor. Ceci pour montrer leur exaspération envers ceux – écologistes et haut-décideurs politiques – qui les rendent responsables du phénomène d’algues vertes sur nos plages, comme ils sont rendus responsables d’autres maux, fréquemment à tort. Ils se sont servis de ‘la puissance du foot’ pour se faire entendre, seulement, ils ont oublié qu’elle ne doit pas diviser des entités, ‘agriculteurs et écologistes’, mais fédérer.
 Christophe Chusseau, fondateur et gérant du site internet "Nouvelles énergies"

2 réflexions au sujet de « Match sur les algues vertes, agriculteurs vs écologistes : résultat nul »

  1. Merci beaucoup Christian !
    Un très beau compliment venant de ta personne bien plus expérimentée que je ne le suis.
    Encore merci.

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