La dette grecque, américaine et la nôtre

Fin juillet 2011, l’Union européenne apporte une aide financière à la Grèce pour la deuxième fois, mais ce plan bis de sauvetage ne semble pas convaincre les agences de notation sur la capacité de l’état hellénique à pouvoir sortir de son colossal endettement. Paradoxalement, la très mauvaise note donnée à la Grèce par ces fameuses agences, se traduit par une vertigineuse hausse des taux d’intérêt auxquels les établissements financiers prêteront de l’argent à ce pays qui ne peut déjà plus rembourser les intérêts de ses emprunts passés. Certains diront, j’étais de cet avis, que ces agences de notation toutes puissantes faisant la pluie et le beau temps sur le marché des finances internationales et jugeant de la santé financière des états, ne devraient pas exister car dangereuses pour les pays en grande difficulté pécuniaire qui doivent payer au prix fort leur hypothétique sortie de l’eau. Mais cela est hypocrite car on ne peut raisonnablement vouloir prêter indéfiniment sans garantie de l’argent à des états qui n’ont pas la solidité financière nécessaire pour rembourser. Cependant, si le diagnostic de ces agences s’avère judicieux – quoique l’on puisse émettre des réserves en s’apercevant que les agences ne s’accordent pas sur un même dossier –, il n’en est pas de même quant aux effets pervers qui peuvent s’en suivre. La solution, à mes yeux, l’abandon d’une partie de leurs créances des banques concernées par la dette grecque, ce qui arrivera tôt ou tard par la force des choses ; ou alors, la zone euro sera asphyxiée de verser inutilement des centaines de milliards d’euros – venant de nous, contribuables européens – dans le gouffre sans fond du surendettement grec.
À présent, on apprend subitement que les États-Unis pourraient prochainement se trouver en défaut de paiement. À quelques heures près, démocrates et républicains ne parvenaient pas à un accord, alors c’eut été un mardi noir pour la première puissance économique mondiale. D’ailleurs, on aurait l’impression d’une part de mise en scène dans ces accords trouvés in extrémis tenant le monde en haleine, manière de garder leur suprématie même dans les moments les plus terribles de leur récente histoire, comme si l’humanité dépendait de leurs décisions ; à l’instar du plan Paulson pour "sauver" les banques américaines suite à l’explosion de la bulle immobilière il y a quelques années à peine. Mais pour quel accord ? Pour s’endetter plus encore afin de pouvoir répondre aux dépenses courantes du pays, ceci assorti de promesses de coupes budgétaires dans certains domaines pour les semestres à venir, mais sans nouvelles recettes concernant par exemple la fiscalité des plus riches, injustice apportant un goût amer en plus à ce plan sans gagnant politique, avec les Américains perdants, mais les agences de notation satisfaites, du moins, provisoirement ! Le 3 octobre 2008, l’Euro Pacific Capital publiait à propos de la crise financière : "Par ailleurs, les opposants affirment que puisque la crise provient d'un excédent de prêts et de dettes, ajouter une quantité massive de prêts et de dettes ne fera qu'exacerber les problèmes économiques". L’on s’étonne que ce pays riche en soit là, moi je dis qu’il était ‘riche à crédit’, la preuve aujourd’hui ! Cette grande nation s’en sortira toujours dans un sursaut d’orgueil, mais au détriment des moins favorisés et de beaucoup de soldats, car les réductions de budget se feront surtout sur le principal poste, la défense, mais aussi le social.
Et la France dans tout ça ?! Selon des économistes, actuellement nous ne sommes pas dans le cas de la Grèce ou des États-Unis, et de l’Italie ou de l’Espagne, qui se sont respectivement trouvés en virtuel défaut de paiement pour les uns ; et menacées de l’être à plus ou moins court terme pour les autres. Néanmoins, leur analyse est immédiatement nuancée en déclarant que dans les semaines ou les mois à venir, le même scénario peut très bien se déclencher en France. En effet, lorsque le dernier plan d’aide de la zone euro et du FMI à la Grèce fut enfin sur les rails le 21 juillet dernier, rien à notre connaissance ne présageait que les États-Unis seraient sur la sellette quelques jours après. Notre pays doit donc travailler sans attendre à un assainissement de ses comptes publics. Pour y parvenir, pas de mystère, réduire les dépenses publiques et augmenter les impôts, et cette fois il faudra être vraiment attentif à la justice fiscale dans le cadre d’une refonte et d’une simplification de notre fiscalité que je préconise depuis un certain temps. Ce problème de déficit abyssal de la France, préoccupait très fortement François Bayrou dès 2007, alors que la majorité de la classe politique semblait l’ignorer sciemment faisant preuve d’une irresponsabilité inconséquente. Le sujet sera clairement la clé de la présidentielle de 2012, souhaitons qu’à ce moment, chacun se souviendra des personnes qui avaient pris acte de l’indispensabilité de rééquilibrer les finances de l’État, pour nous, mais plus encore pour les générations futures.

Christophe Chusseau

5 réflexions au sujet de « La dette grecque, américaine et la nôtre »

  1. @ Sylvain

    J’avoue ne pas m’être trop intéressé à la vraisemblance financière du récit. Il y a beaucoup de choses peu vraisemblables dans son histoire, de toute façon.

    Pa contre, vous confondez « charge de la dette » et « service de la dette ». La charge, c’est le paiement des seuls intérêts. Elle se monte effectivement à 42 ou 45 milliards d’euros par an. Le service, c’est le paiement de la totalité (intérêts + annuités du capital) Et lui, il représente bien 118 à 120 milliards d’euros par an. Enfin, si j’en crois Wikipédia :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France

  2. @ Christian Romain

    L’auteur décrit les bienfaits supposés d’une sortie de l’€ et de la suspension pendant cinq ans du paiement des emprunts, moyennant un coup d’Etat militaire préalable…

    Merci pour ce texte ! J’ai passé un bon moment en le lisant !

    ***

    D’après l’auteur du texte, la suspension du paiement des emprunts permet d’économiser 120 milliards d’€ par an, et permettrait donc d’augmenter d’autant les dépenses publiques… L’auteur fait ensuite la liste des dépenses qui seraient enfin possibles !

    Mais il y a un hic !

    Pour le financement du déficit, et pour les dépenses supplémentaires, nos prêteurs seraient d’un engouement modéré pour continuer de nous prêter et financer nos excès de dépenses, si nous décidons de renier notre signature et de ne plus payer pendant cinq ans.

    Or dans son enthousiasme, l’auteur a oublié que le déficit est déjà de 140 milliards d’€. La suspension du paiement permettrait -selon ce chiffre de 120 milliards- de ramener le déficit à 20 milliards, et conduirait à une baisse immédiate de 20 milliards dans les dépenses…et non pas à une augmentation telle que préconisée !

    En plus de cette « fantaisie » dans le raisonnement, l’auteur a chaussé de drôles de lunettes pour voir les chiffres :

    Le service de la dette est non pas de 120 milliards, mais de 49,5 milliards (Source : agence France Trésor : http://www.aft.gouv.fr/article_142.html ).

    Enfin, si nous suspendons nos paiements, nos propres engagements ne seraient plus remboursés, ce qui change aussi la donne… !

    ***

    [b]Alors quoi ?? [/b]

    D’abord, pour équilibrer les comptes en augmentant les recettes, il suffit d’une calculette pour voir que la fortune cumulée de tous les milliardaires représente un mois et 20 jours de dépenses publiques. On peut essorer nos milliardaires, mais nous serons loin d’une solution pérenne.

    En réalité, à part tempérer les dépenses, il y a peu d’issues crédibles.

    Au plan technique, tempérer les dépenses sans démolir notre modèle de société est facile tant les gaspillages sont grotesques (j’ai décrit dans mon blog les multiples solutions d’économies).

    Mais politiquement, je reconnais que la voie est étroite ! C’est pourquoi tous les candidats à la présidentielle ont la pétoche. Ce qui manque, c’est le courage et la capacité à travailler le fond des sujets.

    La lumière médiatique est tellement plus drôle !…

  3. Le gouvernement a annoncé des majorations d’impôt pour une valeur de [b]10 milliards d’€[/b]. Or cette somme ne représente que 0,6% de la dette publique : il n’y a même pas de quoi financer le quart des intérêts !…

    Ce que la majeure partie du corp électoral ignore, c’est que la France a battu en 2009 et 2010 ses propres records de dépenses publiques, même hors impact du plan de relance. Mais aucun candidat à Présidence de la République n’ose - pour cause de suffrage universel - rappeler que nous devons revenir à plus de tempérance dans l’utilisation de l’argent public.

    ***

    Nota 1 : Je fais référence à la dette mesurée selon les critères du traité de Maastricht c’est-à-dire en retirant les engagements non financés sur les pensions, dont la fourchette est estimée par le rapport Pebereau entre 750 milliards et 1000 milliards d’€ selon les hypothèses. Dette selon l’INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=40&date=20110630

    Nota 2 : Les records de dépenses publiques sont battus à la fois en valeur absolue, en euros constants, et en pourcentage du PIB. http://www.insee.fr/fr/themes/theme.asp?theme=16&sous_theme=3&nivgeo=0&type=2

    Cordialement.

  4. @Christian Romain

    Oui, oui, c’est tout à fait vrai. On peut déduire des chiffres qu’il présente qu’il voulait parler de « service de la dette », et non pas de « charge de la dette ». Je me range à votre point de vue.

    En tout cas, ce texte est une bonne poilade, ce qui est un exploit compte tenu du triste état dans lequel les dirigeants politiques nous ont embourbés.

    En fait, quand on rigole, on souffre moins. C’est sans doute cela la vertu de ce texte…

    Bien cordialement.

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