Compte-rendu – Débat Générations Engagées, 05 mai 2011 L’incinération de nos déchets n’est pas sans danger !

 

 Mairie du 2nd arrondissement, 19h45. L’effervescence est à son comble. 150 personnes remplissent déjà la salle. Les intervenants débarquent au compte-goutte, et l’équipe Générations engagées et le collectif 3r apportent la touche finale, les dernières chaises, les derniers documents avant le grand débat. Corinne Lepage arrive, Virginie prend le micro, le débat peut commencer.
Avec :
·      Isabelle Barreau
Spécialiste environnement, professeur au CNAM.
·      Corinne Lepage
Eurodéputée, Présidente de Cap 21, avocate, professeur à Science-Po et ancienne ministre de l’environnement.
·      Anne-Laure Wittmann
Responsable aux Amis de la Terre et trésorière du Collectif 3R.
·       Yves Contassot
Conseiller de Paris, membre du Conseil d’administration du SYCTOM.
Apres les présentations d’usage, Anne-Laure, porte-parole du collectif 3R, prend la parole : 
- Les dangers de l’incinération, par l’exemple de l’usine d’Ivry, en reconstruction
Par le Collectif 3R
Le SYCTOM a en gestion 3 incinérateurs en Ile de France, Ivry, Isséane et Saint-ouen. Mais qu’est ce que, au juste, le SYCTOM ? Le syndicat intercommunal de traitements des ordures ménagères, de son petit nom, a en charge les ordures de l’Ile-de-France, en tout cas des communes adhérentes, par le tri et l’incinération essentiellement.
Leur projet : La rénovation de l’incinérateur d’Ivry, avec un centre de tri mécano-biologique, un incinérateur et une usine de méthanisation, pour un cout estimé à 1 milliard d’euros.
Le problème ? Selon le collectif, l’usine serait surdimensionnée, prenant en compte des données démographiques erronées, surestimées, annonce Anne-Laure, chiffres de l’Insee à l’appui.
De plus, le SYCTOM ne respecterait pas la loi grenelle et les recommandation du PREDMA (plan régional d’élimination des déchets).
     Pourtant, des solutions de substitutions existent. Le projet du C3R propose une gestion des déchets respectueuse de l’environnement, prônant notamment une politique active de tri, précisant que, pour cela, une volonté politique des élus doit être de mise. Le collectif complète la proposition par la nécessité de limiter les emballages, tant ménagers qu’industriels et souhaite développer le compostage urbain, pour limiter les déchets organiques.
L’incinération, tant décrié aujourd’hui, fut pourtant un progrès notable dans la gestion des déchets.
- L’incinération, déjà un progrès
Par Isabelle Barreau
         L’incinération, malgré sa mauvaise presse, comporte de grands avantages par rapport aux anciens modes de traitement des déchets. Tout d’abord, il n’y a pas de mise en décharge, à la fois polluante et chère du point de vue foncier. Ce système consomme peu d’énergie, et même en produit (2000kw/h par tonne). Il permet de traiter les déchets dangereux ou non recyclables et empêche le vol de déchet, pratique courante en décharge.
Cependant, un incinérateur coûte extrêmement cher ( 1 milliard d’euros en moyenne). Les fumées du brûlage, bien qu’épurées, rejettent 700 à 1000 tonnes de substances toxiques dans l’air, dont notamment les cendres volantes, de l’acide (provoquant des pluies acides), et représentent un danger sanitaire. De plus, certaines substances ne peuvent être brûlé. Ce qu’il reste après traitement est appelé mâchefer, hautement toxique et parfois utilisé pour construire des routes.
         Changer les habitudes demande à la fois de l’énergie et une volonté commune de l’ensemble de la population, et donc des élus, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui…
- Une politique et des changements difficiles à mettre en place.
Par Yves Contassot
Le principal problème est que nous ne disposons pas d’une gestion unifiée des déchets. En effet, sur le territoire du SYCTOM, certaines communes effectuent elles-mêmes le traitement, le tri, ou délèguent à certaines sociétés privées. Quels que furent les ministres de l’environnement successifs, cet état de fait n’a pas changé ces dernières années.
De plus, un incinérateur coûte cher, très cher. Le dernier reconstruit, celui d’Isséane, a coûté la bagatelle de 1 milliard d’euros. En parallèle, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères est la taxe qui a le plus augmenté ces 30 dernières années. En effet, il faut garantir un incinérateur, vu son prix, le rentabiliser. Si la politique de tri change du jour au lendemain, l’incinérateur se trouvera en sous capacité, incapable d’effectuer sa tâche et sera donc une perte sèche.
En 2001, Yves Contassot devient le premier écologiste a siéger au SYCTOM. A cette date, Dominique Voynet, alors ministre de l’environnement, refuse la construction d’un 4eme incinérateur en Ile-de-France
Des chiffres commençaient alors a sortir, indiquant une tendance lourde, la baisse de la production de déchets. Le SYCTOM , en parfaite inadéquation avec la réalité, avec notre société, n’a pas pris en compte la tendance…
Eliminer l’incinération n est donc pas envisageable, ni souhaitable. Par contre, il est nécessaire d’améliorer ce mode, le rendre plus respectueux de l’environnement. Mais pour cela, il est nécessaire d’établir une gestion homogène des déchets, par la mise en place d’une structure compétente.
Corinne Lepage, en sa qualité d’ancienne ministre de l’environnement, nous a fait part de son expérience, e son combat contre l’incinération
- L’expérience du terrain, du combat
Par Corinne Lepage
Un incinérateur, par son prix, par la nécessité de le rentabiliser, est un véritable appel à déchets et empêche donc, par sa simple présence, l’émergence de solutions alternatives.
L’exemple de la ville de Manspach en la matière est particulièrement significatif. En effet, le maire de l’époque a interdit le sur-emballage pour les distributeurs. Ces derniers ont appliqué la réglementation en demandant a leurs fournisseurs des produits moins emballés. C’est peut-être là un point de départ, un exemple dont il conviendrait de s’inspirer.
Concernant la question sanitaire, quand Corinne Lepage fut ministre de l’environnement, sous le gouvernement Jospin, elle demanda une étude sanitaire sur l’incinérateur d’Ivry, confirmant le danger des rejets et fumées. Pourtant, en 1993, un rapport de l’académie des sciences indiquait , entre autres, que les rejets de dioxines n’étaient pas nocifs pour l’organisme…Nous connaissons tous la suite.
Aujourd’hui, les normes sont autrement plus stricts, ce qui n’empêche pas certaines incohérences, par exemple au niveau du calcul des fumées toxiques, prise par rapport au pourcentage d’air, et non pas en brut. De plus, une partie des particules fines ne sont pas prises en compte.
En 2007, Corinne Lepage, par le biais de son parti Cap 21, publie un rapport intitulé : pour un avenir sans incinérateur
Conclusion
En conclusion, il est nécessaire de trouver une autre forme structurante de traitement des déchets, économiquement viable, ce qui n’est pas encore le cas des modes alternatifs aujourd’hui. Une volonté des élus, des industriels, des distributeurs, voire la mise en place d’une réglementation beaucoup plus restrictive en la matière, sont les conditions sinequanone pour une gestion intelligente des déchets.
Cependant, la suppression pure et simple de l’incinération n’est pas envisageable à court terme. Raison de plus pour repenser la gestion des déchets dés aujourd’hui, de notre mode de vie, de notre consommation effrénée qui se fait bien souvent dans l’immédiateté, au détriment de notre avenir, et de celui de nos enfants.

 

 

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