Banlieues : peut-on éviter les émeutes ?

Le sujet des banlieues été chassé de l’actualité sitôt éteintes les émeutes de l’été 2010.
Mais à force de mémoire courte, à force de refuser la réalité, à force d’amoindrir les événements,  nous faisons à coup sûr le lit de nouvelles insurrections. Il y a pourtant un constat nouveau : les armes de guerre sont à portée de main et à portée de budget des « Zones Urbaines Sensibles ». Qui veut bien accepter de le voir ?
Agissons. A froid. Je crois qu’il en est encore temps d’éveiller les consciences, et de sortir de la situation par des voies pacifiques.
Les voies pacifiques sont les seules qui sont justes et durables. Saint Pierre ou Bouddha ont plus d’impact de long terme que Mussolini ou Staline.
Si notre conscience s’éveille, nous pouvons enfin nous poser la question véritable : pourquoi en est-on arrivé là ?
Les émeutes de banlieues sont le produit du désespoir, de l’oisiveté, du laxisme de l’appareil de sécurité, de la création des ghettos. C’est la conjonction de tous ces facteurs qui bouillonnent jusqu’à l’explosion.
Et en amont de ces facteurs, qui a construit cette situation ?
Qui a concentré les problèmes dans un même lieu ?
Qui a concentré les problèmes dans un même lieu ?
La France a 4,4 millions de logements sociaux. Plus de la moitié de ces logements sont concentrés dans des grands ensembles. Ces grands ensembles sont construits par la collectivité publique de façon standardisée et répétitive, en pleine négation de la variété de la nature humaine, dans une idéologie où le projet de société l’emporte sur le projet de chaque Homme.
Les habitants subissent ces « cages à lapin » répétitives comme un pis aller. Le taux de logements vides dans les « Zones Urbaines Sensibles »(ZUS) est de 9%.
En pratique, le régime juridique qui a présidé à ces constructions est celui de Vichy, un régime qui souhaitait modeler le citoyen ordinaire.
Le régime de Vichy a créé le 15 juin 1943 le « permis de construire » pour dominer la construction. Ainsi, les constructions ne se font plus dans le cadre de règles générales d’urbanisme, mais elles sont autorisées une à une, dans un cadre réglementaire si touffu que toute construction peut être refusée sur la base de l’interprétation des textes.
Comme nous sommes anesthésiés dans la servitude mentale, nous avons fini par accepter cette situation, tout à fait contraire à la déclaration des droits de l’Homme suivant laquelle « la liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui ». La collectivité s’arroge tous les droits au nom d’une abstraction menaçante : l’intérêt général.
De plus, au plan des intérêts individuels, le droit immodéré d’interdire les constructions  sert l’égo et les intérêts de beaucoup d’élus et de fonctionnaires. Ce droit d’interdire permet de délivrer le message suivant : je suis supérieur à toi car j’incarne un intérêt supérieur, c’est pourquoi je t’interdis de construire comme tu l’entends.
Ce régime du permis de construire a permis le maintien d’une pénurie de logement. Et c’est de manière redoutable cette pénurie qui a permis de justifier l’intervention de la collectivité pour construire directement des grands ensembles.
La boucle est bouclée. L’intervention collectiviste permet de générer la pénurie, qui permet de justifier l’intervention collectiviste. Le résultat final est sous nos yeux.
Le résultat de ces logements collectivistes est un habitat homogène induisant une population homogène. De plus, facteur supplémentaire de standardisation, les occupants sont sous un statut unique de locataire.
Voilà donc de quelle conjonction de facteurs sont sortis les ghettos : des interdictions de construire justifiées par une idéologie collectiviste, une volonté d’imposer un idéal de société à travers des plan d’urbanisme, et une négation des valeurs portées par les droits de l’Homme.
Quelle est la solution la plus efficace ?
La solution est politique.
Si nous restituons aux propriétaires de terrains le droit de construire à leur initiative, dans le cadre des règles générales prévues au code civil, la variété se rétablira en exacte harmonie avec la variété de la nature humaine.
L’intervention de l’urbanisme doit se recentrer sur l’aménagement des voiries, des espaces verts, sur la protection du patrimoine naturel et bâti, et sur la construction des équipements publics. Pour revenir à une situation équilibrée, chacun doit garder son rôle. Pour l’urbanisme les règles générales, et pour les particuliers le droit de construire selon ses besoins. Tout naturellement.
N’est-il pas insupportable qu’un particulier soit inféodé à une autorisation préalable de la collectivité avant de construire une pièce supplémentaire pour loger sa mère malade dans son pavillon. Sommes nous capables de cette prise ce conscience ?
L’embellie de la construction ainsi déclenchée par le retour à des règles équilibrées va certes contrarier les maires de France, qui perdront ainsi leur principal pouvoir de nuire.
Mais ce rééquilibrage des règles de construction générera une offre volumineuse, permettant de détruire les « cages à lapin » qui seront de plus en plus désertées, et de faire baisser partout le prix de l’immobilier.
Et qui peut sérieusement croire que la multiplicité des constructeurs ainsi autorisés produirait quelque chose de plus laid que la Cité des 4000 ? Au contraire, la variété est facteur de beauté. Un bouquet de fleur composé de fleurs strictement identiques serait disharmonieux.
Briser les ghettos en relançant l’économie de la construction, c’est possible.
Redonnons à chacun le droit de construire dans la limite où il ne nuit pas aux autres.  
Que celui qui a une meilleure solution se lève et le prouve.
Sylvain Jutteau

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