Mon point de vue sur l’Afghanistan

J'ai découvert l'Afghanistan par les documentaires de Christophe de Pontfilly.
Après la prise de pouvoir des Talibans, le Lion du Panshire, le commandant Massoud, m'avait convaincu qu'une intervention était nécessaire. A l'époque, les médias rapportaient régulièrement les exactions, les horreurs, la terreur que les Talibans faisaient régner. Selon moi, le régime Taliban était une des pires dictatures de la fin du XXème siècle. Un régime portant atteinte à l'humanité en appliquant à la population un dogmatisme religieux faisant repartir ce pays 15 siècles en arrière…
Qu'en est-il aujourd'hui ?
 Des « élections démocratiques »ont eu lieu. L'Etat est encore loin de contrôler l'ensemble du territoire. Les droits des femmes restent inexistants. Les filles n'ont toujours pas le droit d'aller à l'école. Elles sont encore aujourd'hui victimes de « crimes traditionnels ».
D'un point de vue géographique, l'Afghanistan est un pays d'Asie Centrale sans accès à la mer, situé entre l'Iran et le Pakistan. C'est à dire entre un pays qui souhaite avoir la bombe atomique et un pays qui la possède. Cette position centrale a fait que l'Afghanistan a été le lieu de passage de nombreux conquérants, tels Alexandre le Grand et Genghis Kahn, et plus récemment un des territoires du grand jeu britanico-soviétique.
L'Afghanistan possède des ressources naturelles qui sont peu exploitées. Depuis 1979 et la guerre contre l’URSS, l'agriculture a fortement déclinée, le potentiel agricole est aujourd’hui sous exploité. Mis à part pour la production d'Opium. Le narcotrafique représente plus d'un tiers de l'économie du pays. L'Afghanistan est le premier pays producteur de pavot au monde.
Une autre caractéristique particulière est la tradition tribale encore très prégnante. Particulièrement dans la zone Est du pays, frontalière avec le Pakistan.
Les 30 ans de guerre et la décennie talibane, ont fait que les 72% de la population est illettrée (PNUD 2009) et que la culture générale est essentiellement souchée sur un dogmatisme religieux. Cela constitue une difficulté supplémentaire pour le redémarrage de l'Etat et la formation de ses forces de sécurité (Police, armée). En termes d’Indice de Développement Humain, l’Afghanistan est l’avant dernier pays de la planète.
En juin dernier, le porte parole du Pentagone a reconnu que les Talibans contrôlent plus des ¾ du pays : le nord, le centre et le sud. Seul Kaboul est véritablement sous contrôle du gouvernement. D’où le surnom du Président Hamid Karzaï : « le maire de Kaboul ».
Après bientôt une décennie d'intervention militaire internationale et plus de 40 nations engagées sur le terrain, la communauté internationale se retrouve devant une alternative : 1) Continuer l'intervention internationale ou 2) partir et laisser le gouvernement afghan gérer la situation
1)    Continuer l'intervention internationale
De nombreux spécialistes affirment qu'il n'y a pas de solution militaire à la situation actuelle. D'autres disent qu'il y aurait une solution à condition de doubler les effectifs militaires.
L'intervention militaire actuelle est couplée à de l'aide internationale à la stabilisation et à la reconstruction. Cette intervention d’ensemble est souvent désignée par le vocable « d'intervention intégrée ». Situation qui donne souvent le sentiment aux ONG d'être instrumentalisées.
Cette intervention intégrée est nécessaire pour reconstruire le pays. Elle apporte alimentation, soins, éducation et sécurité. La réussite de celle-ci est conditionnée par un accroissement de l’intervention armée afin de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire. Il faudra aussi que l’opinion publique accepte que la guerre ce n’est pas propre, la guerre c’est sale, qu’il n’y a pas de guerre sans morts.
2)    Partir et laisser le gouvernement afghan gérer la situation
Cela signifierai accepter le retour d'un régime Taliban. De nombreux journaux ont fait part du soutien que leur apportent les services secrets Pakistanais et des négociations actuelles du gouvernement afghan avec les talibans.
Alors que faire ? Accepter le retour d'un régime susceptible de commettre des crimes contre l'humanité ou se lancer plus amplement dans la guerre ?
Fabien Engelibert

4 réflexions au sujet de « Mon point de vue sur l’Afghanistan »

  1. Il serait incompréhensible de lâcher le peuple afghan. je souscris à votre texte et en particulier au passage sur « l’intervention intégrée »

  2. Une Idée sans plus d’ambition :
    Faire de Kaboul un nouveau Berlin avec un pouvoir économique fort, générateur d’emplois et d’un niveau de vie haut.
    La conquete des territoires pourrait être économique et l’accès à l’éducation et la culture.

  3. @ Fabien Engelibert

    Oui, je crois que vous posez un débat fondamental. Mais j’ai furieusement envie de sortir de la sombre alternative que vous proposez à la fin de votre texte….

    [size=2] Les interventions extérieures[/size]

    En Afghanistan, l’agression par le régime socialiste soviétique a radicalisé les oppositions, et militarisé de fait la population masculine adulte.

    En abondant dans le sens de cette militarisation, les américains ont fourni des armes pour aider l’opposition aux soviétiques.

    Après le retrait des soviétiques, et une relative accalmie, l’agression par le régime « bushiste » américain a perpétué cette radicalisation, et perpétué la militarisation de la société afghane.

    A la suite de cette agression « bushiste », les islamistes ont beau jeu d’aider l’opposition aux américains. Ces islamistes sont ravis de maintenir la tension : les représentants de la civilisation occidentale aux moeurs dissolues sont venus se présenter d’eux-mêmes dans le viseur de leur fusil !

    [size=2]Les conséquences des interventions extérieures.[/size]

    A chaque intervention extérieure, les infrastructures sont détruites et les mécanismes de pouvoir sont bouleversés, et l’intervention se solde par un échec.

    Dès lors, pourquoi s’entête-t’on à intervenir ?

    Il y a une origine commune aux deux interventions extérieures soviétique, et américiane : la justification de l’action par des considérations idéologiques.

    Mais avant tout, n’y a-t’il pas une prétention inouïe à vouloir « apporter la civilisation », qu’il s’agisse du socialisme ou de la démocratie libérale ? N’y a-t’il pas des enseignements à tirer des conséquences de ces interventionnismes militaires ? La radicalisation des Talibans ne prend-elle pas justement sa source dans un mécanisme de rejet de valeurs occidentales dont il leur est démontré, à domicile, le caractère belligène ? La radicalisation des Talibans n’a-t’elle pas émergé du fait même de la déstablisation de la société par les interventions extérieures ?

    [size=2] Qui est légitime pour donner des leçons ?[/size]

    Et au fond, qui est le plus barbare entre celui qui lapide une femme adultère, et celui qui jette un tapis de bombes sur un village ?

    Aucun de ces deux gestes ne se justifie, certes, mais avons-nous posé les justes questions avant d’envoyer des soldats armés de fusils, de bazookas, d’hélicoptères lance-missiles, de grenades, d’avions bombardiers, et entraînés pour tuer le plus efficacement possible dans les engagements au corps-à-corps ?

    Je crois que plus ce pays sera agressé et détruit, plus il se radicalisera.

    [size=2]La solution est démilitarisée[/size]

    Je crois qu’il est nécessaire de retirer les troupes et de laisser agir Bouygues, Vinci, Véolia, ou leurs concurrents, pour construire des routes, des écoles, et des réseaux d’eau potable.

    La notion même d’ »intervention intégrée » me parait être une fable incapable de résister à l’examen des faits actuels et de l’histoire de ces dernières décennies.

    Bien cordialement.

  4. Des années d’occupation sans avancée significative. Et lorsqu’il vont partir que va t’il se passer. C’est malheureusement un échec

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