La crise économique : Historique et perspectives – Introduction

Chaque mardi au cours des prochaines semaines nous vous proposerons de revenir sur la crise actuelle en essayant de cerner les racines et quelques perspectives.

Retrouvez aujourd'hui l'introduction de cette réflexion.

Introduction : Les trois âges du capitalisme

On peut distinguer avec Luc Boltanski et Eve Chiapello trois âges du capitalisme.

Le premier âge du capitalisme correspond à l'entreprise familiale de la fin du XIXe siècle. Il est centré sur la personne du bourgeois entrepreneur et les valeurs bourgeoises.

Son esprit repose sur une large croyance dans le progrès, dans la science et la technique, donc dans les bienfaits de l'industrie au service du bien commun, idéalisée par le « chevalier d'industrie ».

Le deuxième âge du capitalisme trouve son développement entre les années 1930-1970. Il correspond à la grande entreprise industrielle centralisée et hiérarchisée. Il est centré sur l'organisation et la planification. Sa représentation est le Directeur/Manager, personnage « héroïque » tout au service de l'entreprise en opposition avec l'entrepreneur-propriétaire, égoïste et uniquement tourné vers son intérêt personnel. Il est donc également en opposition avec « l’actionnaire » pour les mêmes raisons.

Son esprit s'appuie encore plus fortement sur la croyance en la science et la technique, mais avec un idéal « civique », reposant sur la solidarité institutionnelle, la socialisation et la collaboration avec l'État dans une visée de justice sociale. Il apporte à la fois une opportunité de carrière par ascension dans la hiérarchie pour les cadres et une dimension de sécurité pour l'ensemble des travailleurs du fait du gigantisme des organisations.

Le troisième âge du capitalisme est celui du capitalisme financier mondialisé que nous vivons depuis la fin des années 1970. Son esprit est clairement passé du collectif à l’individuel, il semble avoir comme seul leitmotiv « enrichissez-vous », sous couvert de liberté. Sa figure est le « PDG actionnaire. » Finalement – et par provocation –, on pourrait finalement résumer sa philosophie par « Prends l’oseille et tire-toi ».

Il s’est construit à coups de déréglementation et de financiarisation de l’économie. C’est la victoire de l’école autrichienne d’économie (avec Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek), partisans d’un « ultralibéralisme », pour qui les interventions de l’État en économie n’ont que des effets destructeurs. C’est donc un modèle d’inégalités croissantes, car pour eux, elles sont nécessaires, car moteurs de l’économie – l’enrichissement à outrance des plus riches devant théoriquement se répartir en pluie fine sur toutes les classes sociales. « Théoriquement »…

Nous allons étudier en détail les évolutions qui ont accompagnés ce troisième âge, qui pousse à l’excès ultime, ce que Max Weber avait fort bien analysé, il y a plus d’un siècle :

 « L’éthique protestante est entièrement dépouillée de tout caractère hédoniste, son but étant de gagner de l'argent, toujours plus d'argent en se gardant des jouissances strictement de la vie [...] Le gain est devenu la fin que l'homme se propose, il ne lui est plus subordonné comme moyen de satisfaire ses besoins matériels. » [Max Weber - L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1904)]

Depuis, il est à noter que les bénéficiaires ont tout de même appris à plus « jouir de la vie », même si c’est parfois surtout dans un but ostentatoire (« effet bling-bling »), mais les sommes sont également devenues telles qu’on rejoint néanmoins cette vision du « gain en tant que seule fin ».

« Le cannibalisme fit place au capitalisme lorsque l'homme se rendit compte qu'il était plus rentable d'exploiter son prochain que de le manger. » [Lytle Robinson]
 
Actuarius

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