La Charte d’Ottawa : Plaidoyer pour un système de santé

Sur son blog “Promotion de la santé, l’un de nos adhérents, le Dr Patrick Atlas, médecin territorial et chef de service de santé de Clichy” écrit : « En France, nous n’avons pas de système de santé mais un système de soins. ». 

Quid de ce propos émanant d'un professionnel de la santé ?

Dans le domaine de la santé publique, la responsabilité du pouvoir politique est incommensurable. Aujourd’hui, la santé publique semble se résumer à des enjeux économiques liés au système de soins. Au gré des gouvernements, les acteurs de la santé sont évalués comme des producteurs de soins face à des malades, qui eux sont appelés "usagers de soins". En d'autres termes, ils sont des consommateur de soins catalogués plus ou moins de gaspilleurs, et qu’il faut mettre au pas pour combler le déficit de la branche maladie de la Sécurité Sociale. Qui ne constate pas que l’égalité d’accès aux soins, la qualité des soins, et la solidarité, ces trois piliers de la sécurité sociale se réduisent de plus en plus à une peau de chagrin?

Il est grand temps que les programmes politiques ne se contentent pas de faire de la santé publique un enjeu économique. Son effets pervers est d’annihiler la dimension humaniste de ce secteur sensible qui nous concerne tous. Car selon la célèbre réplique du Dr Knock « Nous sommes tous des malades qui s’ignorent. »

Le droit à la santé fait partie de l’article 25 des droits de l’homme. La vision économique de la santé, essence du néolibéralisme et reflet d’un certain darwinisme social et moral va jusqu’au mésusage des termes de système de soins et de système de santé qui sont devenus des homonymes dans l'inconscient collectif.

Ors, il faut bien distinguer le système de soins de celui de système de santé. Privilégier ce dernier. Le système de santé est l’épicentre d’une politique de santé publique acceptable, et qui s’harmonise avec les valeurs du Mouvement Démocrate.

La notion de système de santé n’est pas une utopie. Elle bien réelle. Son coup d’envoi a été donné sous l’égide de l’OMS d’abord avec la déclaration d’Alma-Ata (URSS, 1978) qui a introduit la notion de soins primaires. La première conférence internationale pour la santé s’est concrétisée par la charte d’Ottawa, le 21 novembre 1986. Selon cette charte , le système de santé privilégie la promotion de la santé. Elle a conceptualisé des déterminants de la santé destinés à faciliter des stratégies pour promouvoir la santé. Pour que la santé publique en France devienne humaniste, il fautun changement de paradigme politique et sociétal pour que que le système de santé prenne le pas sur le système de soins. S'appuyer sur les fondements de la charte d'Ottawa faciliterait cette transition.

Sur le plan mondial, l'objectif de cette charte était la santé pour tous à l’an 2000, et au-delà évidemment puisque nous sommes en 2009. Elle n'est pas un guide-line figé. Depuis 1986 , il y a eu six autres conférences pour faire évoluer l'idée de la promotion de la santé. La sixième et dernière conférence est celle de Bangkok en 2005 qui décline cette idée au niveau mondial.

Dans la charte d’Ottawa, figurent des déterminants qui caractérisent l’état de santé. Ils ont été établis pour concrétiser un système de santé de qualité suivant l’état des soins primaires dans un pays donné . Le système de santé englobe un ensemble de concepts à mettre dans une trousse à outils pour des stratégies qui promeuvent la santé. Le projet fondateur de la charte est de réduire les inégalités sociales et les disparités des systèmes de soins entre pays. Dans l’idée de la promotion de la santé, on ne s’obnubile pas forcément sur le système de soins, qui lui-même est un déterminant en interaction avec d’autres.

Pour Patrick Atlas, cette charte « définit la promotion de la santé comme une démarche ayant pour but de donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et davantage de moyens de l’améliorer. Elle définit également la santé comme : « Un état de complet bien-être physique, mental et social, comme une ressource de vie quotidienne et non comme but de la vie.» L’accent n'est pas mis que sur la maladie mais se focalise sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques.

Pour parvenir à un état de santé dit optimal, un ensemble de conditions et de ressources préalables qui dépassent le cadre des soins envers les malades s'imposent. Elles sont étroitement imbriquées au logement, à l’éducation, l’alimentation, la justice sociale, et à l’environnement.

Divers facteurs sont susceptibles d’altérer ou de favoriser ces déterminants qui jouent sur l'état de santé optimal. Ils sont de nature culturelle, économique, politiques et environnementale. Un exemple parmi d'autres: la relation entre la santé et l’environnement. De nombreuses études canadiennes scientifiques ont mis en évidence les effets néfastes du taux de pollution atmosphérique sur la santé des habitants de grandes villes. Dans certains pays européens, l’OMS observe que 20 à 30 % des ménages ont des problèmes d’humidité dans leur habitat, accroissant les risques de problèmes respiratoire de 50%. Et ces logements humides pourraient être à l’origine de 13% de l’asthme des enfants. Il devient alors salvateur de favoriser des mesures destinées à développer des habitats plus sains, qui réduiront de façon conséquente les maladies respiratoires.  

Malheureusement, malgré ses fondements humanistes, jusqu’à ce jour, la thématique politique du système de santé sur les principes de la charte d’Ottawa n’a « trouvé aucun écho en France ni dans aucune politique de santé » constate Patrick Atlas.

Le « changement de paradigme politique et sociétal » s'inspirant de la promotion de la santé à partir de la charte d'Ottawa ne répond-il pas à la volonté du Mouvement démocrate de faire de la politique autrement ? Y compris dans la santé publique ?

Pour en savoir plus sur la promotion de la santé selon la charte d'Ottawa, consultez le blog du Dr Patrick Atlas.

Nicole Bétrencourt.

Une réflexion au sujet de « La Charte d’Ottawa : Plaidoyer pour un système de santé »

  1. Merci pour cette analyse qui m’a fait réaliser que la marchandisation atteignait notre bien le plus précieux, notre aptitude à être. Je n’avais pas réalisé comment tout le discours sur le coût de la Sécu avait complètement anihilé le sens profond initial du système de protection de santé français qui, par ailleurs est complètement mité.

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