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Le budget de la Grèce - ou pourquoi la rigueur, cela ne marche pas...
Catégorie(s) : Economie



La Grèce étant proche, non pas de la “faillite” (cela ne veut rien dire pour un État) mais du défaut de paiement, je vous propose de poursuivre notre analyse de sa situation.

Cela nous permettra de comprendre le plus simplement possible la spirale infernale qui entraîne cette situation – et qui s’applique désormais à tous les pays occidentaux.

Observons tout d’abord le budget de la Grèce (au sens de Maastricht, donc avec la Sécurité sociale et les collectivités locales) depuis 1995 :





On observe ainsi :

  une tendance à l’amélioration entre 1995 et 1999 (comme partout en Europe, dans un contexte de croissance forte) ;

  puis une tendance au laxisme jusqu’en 2007, caractérisé par une baisse des recettes (les dépenses sont stables) ;

  puis l’explosion de 2009 en raison de la Crise, en raison d’une forte hausse des dépenses (soutien au système bancaire) ;

  et une situation de consolidation à des niveaux élevés en 2010-2011.

On constate ainsi bien une situation de laxisme avant la Crise, comme dans la plupart des pays , et ici aussi, elle est finalement plus due à une baisse des recettes qu’à une hausse des dépenses.

Zoomons sur 2010-2011 :





La Grèce mérite de très loin le titre de championne du monde de la rigueur. Des mesures incroyables ont été prises, allant de baisses dantesques des salaires des fonctionnaires ou des pensions de retraite, à d’importantes hausses de TVA et d’impôts.

On observe clairement ceci : ces mesures n’ont aucun effet perceptible à court ni moyen terme !

Le bilan observé est bien celui auquel la logique élémentaire conduit (et qui est contraire aux imprécations des économistes de cour…) : ces mesures sont bien trop fortes et douloureuses pour l’économie, qui chute très lourdement en récession :

 

Le budget grec 2012 table même sur encore -2,5 % en 2012…

Rappelons bien une évidence : ce n’est pas parce que vous supprimez 10 Md€ de dépenses publiques que vous aurez 10 Md€ de déficit en moins !!! Ceci est un raisonnement de cours élémentaire, car bien évidemment, ce qu’on n’analyse jamais, c’est l’impact d’une telle suppression de dépenses. Si l’activité en face est reprise par le privé, et bien il faut payer 10 Md€ (ou même 9, allez) de plus au privé, donc c’est autant de moins pour consommer, sans aucun service en plus en échange (vu que le service, le public le donnait déjà “gratuitement”). Donc, vous enfoncez le pays en récession. Si l’activité en question est simplement détruite, et bien c’est autant de PIB en moins (donc de recettes en moins) et de chômeurs en plus à indemniser (donc des dépenses en plus)…

On observe donc cet effet paradoxal qui est que, au moins à court et moyen terme, la rigueur fait souffrir le pays, mais n’arrange en rien la situation :





J’imagine que les Grecs s’interrogent sur le fait que, malgré tous leurs efforts, le déficit 2011 soit de plus en plus profond, largement supérieur à la situation d’avant la rigueur…

Ainsi, la rigueur, cela ne marche pas… Ou plus précisément, cela ne marche plus, pour la Grèce comme pour la France. Je précise de nouveau ma pensée : il faut mettre en place un plan de rigueur, fondé d’ailleurs surtout sur des hausses d’impôts, accompagné de mesures visant à améliorer la productivité publique, avec un discours courageux visant à faire porter les efforts certes sur les plus aisés, mais aussi en expliquant à tout le monde que le maintien de notre système de retraite, de santé, d’éducation passe avant des achats de téléphones portables ou de voyages, il en va de l’avenir du pays.

Mon souci est que ce discours, et ce plan a une condition nécessaire pour marcher : il doit être tenu et appliqué en 1990/1995 grand maximum. Au delà, c’est trop tard, la dette est trop grosse et n’est plus maîtrisable. Car si la rigueur ne marche pas, notre souci est que la “non rigueur” marche encore moins…

Une fois 1995 passée, la dette devra très probablement être restructurée en grande partie (c’est-à-dire annulée en bonne partie pour employer un gros mot).

Mais nous y reviendrons – nous continuerons dans le prochain billet notre analyse de la dette grecque.



Olivier Berruyer


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Rédigée par Olivier Béru - 27.11.2011 - 11:22
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#7 Ecrit par Raphael le 07.12.2011 - 00:34 quote
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Sylvain JUTTEAU Ecrit:

Et en substance, cela veut dire quoi "relancer l'appareil productif"?Par quelle mesure pratique se manifeste cette considération générale ?Cordalement.


Renouveller l'appareil productif serait une expression plus adéquate à ma pensée. Il faut que l'on comprenne qu'il devient inutile de continuer de soutenir certaines activités sur lesquelles nous ne pouvons plus être compétitif...Face aux éco émergentes, nous ne gagnerons pas par les prix, mais par la qualité et surtout l'innovation. Nous avons un tissu d'école, de chercheurs, d'ingénieurs qui ont de beaux projets dans les cartons; à l'Etat de les rendre réalisables en leur facilitant les choses: assouplissement du code du travail, ne pas alourdir la fiscalité déjà élevée, remettre à plat les réglementations etc.

 
 
#6 Ecrit par Sylvain JUTTEAU le 02.12.2011 - 14:40 quote
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Raphael Ecrit:

Bien sûr, celà ne se décrète pas par un claquement de doigts ni par un énième emprunt, mais par des réformes plus profondes notamment pour relancer l'appareil productif (politique de l'offre).


Et en substance, cela veut dire quoi "relancer l'appareil productif"?

Par quelle mesure pratique se manifeste cette considération générale ?

Cordalement.

 
 
#5 Ecrit par Raphael le 30.11.2011 - 15:19 quote
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La rigueur, c'est la solution père fouettard. Si on va trop loin, on fait courir un risque social très important (émeutes, hausse des extrêmismes etc..) et on risque d'accentuer la récession.

La solution Robin des Bois, (on taxe les plus riches pour donner aux plus pauvres) me paraît peu envisageable. Certes on peut encore rabotter quelques niches fiscales, mais globalement notre fiscalité est déjà élevée. Or au delà d'un certain seuil, si on augmente trop les prélèvements, on fait baisser les recettes (évasion fiscale, fraude fiscale etc.). Bref, çà ne serait pas suffisant pour combler nos déficits.

La seule vraie solution, celle qui nous permettrait de sortir par le haut c'est la croissance. Bien sûr, celà ne se décrète pas par un claquement de doigts ni par un énième emprunt, mais par des réformes plus profondes notamment pour relancer l'appareil productif (politique de l'offre).

 
 
#4 Ecrit par Sylvain JUTTEAU le 28.11.2011 - 10:26 quote
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Fred DESCOS Ecrit:

les grecs n'ont pas d'autres choix que de réduire leurs dépenses et d'augmenter les taxes, tout simplement parce qu'il n'y a plus d'argent.


Il y a un problème dans cette assertion.

Vous oubliez décrire l'impact respectif d'une augmentation des taxes et d'une réduction des dépenses publiques.

C'est pourtant radicalement différent.

La sphère publique vit grâce à des prélèvements obligatoires sur la sphère privée. Si ce prélèvement est trop élevé, et si la sphère publique est trop volumineuse, la sphère privée est étouffée et ne peut plus dégager assez de valeur ajoutée pour faire vivre la sphère publique.

Pour continuer sa croissance malgré cette limite, la sphère publique dispose d'un échapatoire : l'emprunt. Mais cet échapatoire a aussi une limite, et c'est la situation d'atteinte de cette limite que nous vivons.

Cordialement.

 
 
#3 Ecrit par Sylvain JUTTEAU le 28.11.2011 - 10:10 quote
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La solution qui consiste à faire quelques baisses spectaculaires et à augmenter la pression fiscale, tout en maintenant les grosses masses de dépenses donne effectivement le résultat Grec : la récession.

Mais le Canada, la Suède, et la Nouvelle-Zélande ont rééquilibré leurs finances publiques en baissant les dépenses, sans majorer les prélèvements.

Je crois utile de se méfier des idées reçues et d'examiner les mécanismes utilisés pour ces trois réussites.

D'ailleurs, il est intéressant d'observer que la France suit la voie grecque : maintien de l'évolution à la hausse des dépenses publiques, et augmentation des prélèvements obligatoires. La conséquence est déjà un ralentissement de la croissance, en attendant la récession. L'obstination keynésienne est coûteuse.

Cordialement.

 
 
#2 Ecrit par Fred DESCOS le 28.11.2011 - 09:53 quote
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Tout d'abord, on ne peut pas résoudre en six mois les méfaits causés par trente ans de gabegie.

A mon sens, les grecs n'ont pas d'autres choix que de réduire leurs dépenses et d'augmenter les taxes, tout simplement parce qu'il n'y a plus d'argent. Ce n'est donc pas une option politique qu'ils ont prises par idéologie ou par conviction, mais c'est parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement.

Dans un premier temps, cela conduit à la récession, et donc ne produit pas d'impact sur les finances publiques: stagnation des recettes malgré la hausse des impôts et non-régression des dépenses à cause du traitement social et financier de la crise.

Reste à savoir ce qui se passera par la suite, une fois l'orage passé: les investisseurs reprendront-ils confiance en voyant que le pays est capable de prendre des mesures drastiques en cas de difficultés? Les grecs et les européens reprendront-ils cionfiance en eux? Si oui, la croissance repartira et les mesures de rigueur paieront enfin. Sinon, aie aie aie...

Enfin, on peut se poser la question de la justesse de leur plan de rigueur: par exemple, pourquoi le budget militaire n'est pas concerné?

 
 
#1 Ecrit par Sylvain JUTTEAU le 27.11.2011 - 17:25 quote
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Quelquefois, dans les films étrangers avec doublage en français, le mouvement des lèvres ne correspond pas avec la bande son.

Ainsi, dans cet article, on voit un "zoom" sur les dépenses 2010-2011. C'est le deuxième graphique. La courbe bleue qui représente les dépenses publiques baisse pendant huit mois, puis remonte pendant 12 mois. Voilà pour l'image.

Mais le texte commente "la Grece merite le titre de championne du Monde de la rigueur", et meme "baisse dantesques des salaires des fonctionnaires ou des pensions de retraites".

Cette contradiction permet a chacun de s'interroger d'une part sur le niveau qualitatif de cette analyse, et d'autre part de se demander quel est l'arrière plan idéologique qui fait ainsi travestir la réalité.

Cordialement.



 
 
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