Le nouveau président face au mur de la réalité.

Ah, quel paradoxe que cette élection présidentielle !
A droite : un mauvais candidat avec un bon programme.
A gauche : un bon candidat avec un mauvais programme.
Ceux qui ont été incapables de sortir de ce paradoxe se sont exprimés : 2 millions de bulletins blancs ou nuls, soit 6,8% des votants !
Et collectivement, les français ont choisi de résoudre ce paradoxe en élisant un président « de gauche ».
Mais que vaut cette coloration politique quand est face aux contraintes actuelles ?
Le nouveau président est en effet soumis à une double contrainte :
- la contrainte financière
- la contrainte économique

La contrainte financière est connue, mais elle mérite d’être précisée. Les dépenses publiques dépassent les recettes de 288 millions d’€uros chaque jour !
Et pour combler ce gouffre, l’augmentation de la fiscalité a sa limite : plus la pression fiscale est élevée, plus la base imposable fuit à l’étranger. Cette fuite de la base fiscale est le fait des particuliers, les fameux « exilés fiscaux », et cette fuite est aussi le fait des entreprises multinationales qui exportent leurs profits pour les préserver. L’augmentation de la fiscalité est un chemin glissant, et de plus en plus glissant à mesure que l’on avance.
La seule voie durable est donc de réduire les dépenses, mais c’est à l’exact inverse des annonces programmatiques du candidat victorieux. C’est pourtant une voie réaliste, car parmi les pays de l’OCDE la France détient le record des excès de dépenses publiques. La marge d’action existe donc pour réduire ces dépenses. En France, pour 100€ dépensés, 55€90 sont dépensés par le secteur public, et 44€10 sont dépensés par les ménages et les entreprises privées !
La marge d’action existe, certes, mais elle est à l’inverse des actions annoncées pendant la campagne électorale.
Le nouveau président est aussi soumis à une contrainte économique. Attention, cette contrainte est plus forte plus globale, et son effet est de plus long terme. Cette contrainte se manifeste par la fuite des entreprises. Les entreprises fuient la France pour des raisons de coût de production, de bêtise syndicale, d’instabilité fiscale, et de taux de prélèvements.
Au jour de la décision d’implantation d’un site de production, tout est pesé dans la balance, et la France fait piètre figure.
Sans même toucher au niveau de revenu des salariés, les solutions existent là aussi :
- cesser de modifier chaque année les règles fiscales
- rendre à chacun le droit de choisir ses assurances santé, retraite, et chômage (en maintenant le choix pour un système public parmi l’éventail des choix)
- supprimer les financements publics des syndicats, et leur redonner leur rôle de défense des salariés plutôt que de défense d’une idéologie.
- supprimer les aides aux entreprises et l’impôt sur les sociétés (la France a la particularité d’avoir un impôt sur les sociétés inférieur aux aides publiques versées aux entreprises !).

Ces solutions pratiques sont là aussi à l’exact inverse des annonces programmatiques du candidat victorieux. Pourtant, nul n’est capable de démontrer la pertinence de solutions alternatives que seraient des nationalisations, le renforcement des financements publics, ou les interdictions de licenciement.
Le nouveau président gardera donc sa « coloration politique » le temps de la mise en musique des quelques mesures symboliques annoncées, puis rencontrera très vite le mur de la réalité.

Sylvain Jutteau

10 réflexions au sujet de « Le nouveau président face au mur de la réalité. »

  1. Bonjour,

    on dirait un article des classiques éditocrates qui pullulent sur nos chaine de télévision, et je ne comprends pas ce qu’il fait sur ce site.
    En gros, (ou alors j’ai pas compris) c’est acceptons l’austérité, et réduisons les dépenses, mais surtout ne pas monter les impôts; sinon il y aurait des gens qui fuiraient, (au revoir). en bon pragmatique je dirais, qu’il faut prendre l’argent ou il est, et les chômeurs, les travailleurs pauvres, les rsaistes, ils n’ont pas de sous … si vous continuez a prôner une austérité, la vous y arriverez a la décroissance, mais comme elle sera subie, elle sera aussi suivie (un peu comme la Grèce) de mouvements de foules et a terme de violence. détruisez aussi les contrats a durée indéterminés, mais faudra m’expliquer comment ça fera revenir la consommation..

  2. Avant toute chose, ce site est un lieu de débat, et c’est un bonheur que cela existe. Peut-être n’aviez vous pas intégré cette donnée ?

    Ensuite, sur le fonds, ce que l’on appelle l’ »austérité » n’est jamais que le rééquilibrage de la situation. La France s’est installée dans une politique d’excès de dépenses, et sa fiscalité est déjà la plus intrusive et la plus forte de tous les pays comparables.

    De plus, la fiscalité est si complexe que les quelque 0,1% de très riches passent entre les gouttes en employant des conseillers fiscaux de talent, allant en effet jusqu’à l’exil fiscal.

    Au fond, ce n’est même pas une opinion que j’exprime, c’est le rappel des faits.

    La solution pour en sortir a déjà été employée avec succès au Canada, en Suède et en Nouvelle Zélande : réduire les dépenses publiques pour redonner du souffle au secteur productif. Ces trois pays ont été épargnés par la crise financière de 2008…mais, chut, c’est un secret ! La sortie du « déni de réalité» risquerait de nous sortir de notre confort de pensée.

    Bien cordialement.

  3. Oui bien sur j’ai intégré cette donnée, mais c’est le discours ambiant, que l’on nous rabâche depuis des années, on va commencer a le connaitre je pense.

    Faire des économies, ou revenir a un équilibre bien entendu, mais pourquoi sur le dos du peuple ? le problème de la dette, c’est peut être les dépenses, mais c’est aussi les recettes, et avec les nombreuses défiscalisations, les recettes sont en berne ..

    Je suis entièrement d’accord avec vous sur la fiscalité, il faudrait la revoir totalement et détruire toutes les niches fiscales, ça mettrait au chômage ces fameux conseillers fiscaux ( voir par exemple le livre de Piketty disponible sur son site en téléchargement)

    Les 3 pays que vous citez, cela ne vous aura pas échappé ne sont pas en zone euro. et je peux vous en trouver 3 qui n’ont pas fait ce que vous dites et qui s’en sortent bien aujourd’hui, au hasard en Amérique du sud. La Suède il me semble mais je connais peu qu’ils ont du augmenter les impôts pour passer le cap de la crise qui a pas eu lieu en 2008 chez eux mais bien avant (15 ans ?)

  4. Sur le cas suédois : oui, c’est vrai, les suédois ont réduit leurs excès de dépenses suite à une crise liée à leurs déficits publics. Pouvons-nous en tirer un sage enseignement ? Sommes-nous trop auto-centrés pour tirer profit de cette expérience ?

    Par ailleurs, vous présupposez que les économies de dépenses publiques se feraient « sur le dos du peuple ». Votre lecture des faits est très intéressante, et je la comprends.

    Mais, justement, n’est ce pas cette façon de voir et cette crainte bien légitime qui nous obstruent la réalité ?

    Car -à mes yeux- la réalité est que si les dépenses publiques sont réduites, la valeur générée par le secteur productif augmente (si l’on en croit les expériences des pays cités), et non seulement cette valeur peut être redistribuée mais aussi le chômage diminue.

    Mais au fond, êtes-vous de ceux qui pensent qu’un cercle vertueux soit impossible en France, à cause des spécificités françaises?

    Par ailleurs, je tiens aussi à insister sur le fait que si les écarts de revenus sont trop élevés, c’est toute l’économie qui en souffre car il n’y a plus de consommateurs , et sur le fait aussi que si les dépenses publiques sont excessives, c’est aussi toute l’économie qui en souffre.

    Entre ces deux maux, la solution consiste à mes yeux à refondre l’abracadabrantesque système d’allocations pour toutes les fusionner en une seule, à réduire les dépenses d’intervention dans l’économie, à ramener le volume de la fonction publique à des proportions équilibrées, et à redonner aux assujettis sociaux le droit de souscrire s’ils le souhaitent une assurance privée pour le chômage, la maladie, et la retraite, et enfin à arrêter d’injecter des volumes monstrueux d’argent dans les circuits financiers déconnectés de la valeur réelle des biens.

    La sphère financière est surdimensionnée, grotesque, gavée d’excès d’argent, et c’est une source des déréglements économiques et surtout du renversement de la hiérarchie des valeurs. L’argent est adoré comme le « Veau d’Or ». Mais, au fait , qui injecte cet argent si ce n’est la puissance publique par l’intermédiaire des banques centrales ?

    Les sphères étatiques et politiques sont à mes yeux intimement complices et coupables de la situation compliquée que nous traversons. Leur maîtrise remarquable de l’opinion publique est une excellente garantie pour garder des privilèges indus.

    Mais les observations que l’on peut faire, même si l’on admet qu’elles sont justes, sont insuffisantes pour rétablir les équilibres. Comme en Suède, il nous faudra rencontrer le « mur de la réalité » pour revenir à un fonctionnement plus tempéré.

  5. Sur la suéde, je le répéte pour s’en sortir ils ont du augmenter leurs impots, et je pense que si l’on veux réduire les déficits, il va falloir voir le bilan comptable du coté passif (dette) et actif (recette)
    je ne présume de rien, je dis juste que les mesures d’austérité se font sur le peuple. (voir ce qui se passe en gréce ou en espagne) Au final c’est le peuple qui souffre, nous français on en est encore loin, on a encore les moyens d’acheter des écrans plats et des voitures. Mais il y a des gens qui sont au chômage qui ne trouve pas d’emploi et qui se retrouve sans un sou, et ça c’est les premières personnes qui vont réellement souffrir .. Surtout que si le plein emploi était possible ça fait 30 ans qu’on le saurait. Je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’une allocation unique, ça s’appelle le revenu de base, et a partir du moment ou on reconnais que le plein emploi n’est plus possible ça me semble la seule ? solution …

    Maintenant si on fait de l’austérité, ça va aggraver l’économie, comment voulez vous que l’on consomme quand on a plus rien ? mais peut être que ça va nous permettre de voir le mur de la réalité, nous somme sur une planète finie avec des ressources finies et l’on va devoir revoir notre mode de vie …

  6. La maitrise remarquable de l’opinion publique n’est pas coordonnee comme un gros complot tout moche. Mais tout de meme, ne peut-on faire le constat que cette maitrise de l’opinion passe par la Presse, l’enseignement, et le personnel politique?

    Enumerons :

    Le versement par la puissance publique est de pres d’un milliard d’euros a la Presse, ce qui developpe un contexte favorable a a maitrise de l’opinion : http://sylvainjutteau.blogspot.fr/2010/07/comment-assainir-la-presse.html Un artiste est-il vraiment libre de menacer les interets directs de son mecene?

    De meme, le fait que les enseignants soient des fonctionnaires d’Etat ne rend pas enclins a mordre la main qui les nourrit.

    Enfin, le fait d’autoriser les fonctionnaires a defendre en particulier les interets d’un parti politique tout en gardant leur statut protecteur, favorise une composition du Parlement faisant un place preponderante aux fonctionnaires tentes de defendre la corporation dont ils sont issus, par tous les moyens de communication a leur disposition. Le personnel politique est domine par l’emprise de la fonction publique, supposee honorer une obligation de neutralite! ?..

  7. Sur la presse on est d’accord, d’ailleurs c’est pour moi le problème numéro 1, ils véhiculent la pensée dominante, on voit les mêmes têtes tout le temps avec le même discours et aucun contre discours. Pour avoir une vraie pluralité de l’information, il reste internet, mais journaux et télévisions ne sont la que pour parler de non information, (exemple le tweet de valtrier).

    On parle beaucoup des assistés, mais quels assistés ? ceux qui vivent avec un Rsa ? ou les agriculteurs en monocultures qui touchent des primes ? et les subventions a des « artistes » pas vraiment dans le besoin ? (oui l’aide sociale profite pas aux bonnes personnes) Je pensais aussi aux rentiers..

    l’impôt est un devoir de solidarité et de redistribution, il doit se faire par le biais du revenu et non sur le travail. l’impôt sert a financer nos routes écoles etc … Maintenant il ne devrait pas financer les partis politiques et les élus, ou alors avec une totale transparence …
    Quand un député gagne 6000 € plus 6000 € dont il peut disposer a sa guise, comment est ce possible qu’il prenne en compte la pénibilité du travail par exemple ? (il ne sait pas ce que c’est il est député depuis 30 ans).

  8. Bonjour,

    Je reviens comme promis sur votre message du 19 juin. Et comme le messagge ssont croisés, je vous cite et comente au fu et à mesure en espérant que ce soit lisible.

    Vous écrivez :

    « Sur la suéde, je le répéte pour s’en sortir ils ont du augmenter leurs impots, et je pense que si l’on veux réduire les déficits, il va falloir voir le bilan comptable du coté passif (dette) et actif (recette) »

    Je réponds :

    Les suédois ont commencé par un plan de réduction nette des dépenses pour retrouver du souffle. Ce n’est que beaucoup plus tard, à l’occasion de la crise de 2008 qu’ils ont légèrement réaugmenté les impôts. Il est fondamental de noter qu’ils ont pu le faire car la situation était assainie.

    Vous écrivez :

    « Je ne présume de rien, je dis juste que les mesures d’austérité se font sur le peuple. (voir ce qui se passe en gréce ou en espagne) Au final c’est le peuple qui souffre, nous français on en est encore loin, on a encore les moyens d’acheter des écrans plats et des voitures. Mais il y a des gens qui sont au chômage qui ne trouve pas d’emploi et qui se retrouve sans un sou, et ça c’est les premières personnes qui vont réellement souffrir .. »

    Je réponds :

    Les grecs en effet s’y sont pris comme des manches. Par exemple, ils ont des dépenses militaires à des niveaux astronomiques, et ont « oublié » de sabrer dans ces dépenses. Autre exemple, ils ont accordé des 14° mois de salaire à leurs fonctionnaires, et ne les ont rogné qu’en extrème urgence, alors que ce type de mesure a de l’impact sur le moyen terme. La Grèse est le contre-exemple, et d’ailleurs il est intéressant de noter la multiplication des faillites de l’Etat dans l’histoire de la Grèce. Il est très imprudent de prêter à la Grèce, et si les banques perdent leur argent, il est pour le moins absurde de renflouer les banques en question. Cette déresponsabilisation des banques par l’injection d’argent versé par la puissance publique est une source de dérèglements de long terme. C’est la grande confusion des rôles entre le politique et l’économique.

    Vous écrivez :

    « Si le plein emploi était possible ça fait 30 ans qu’on le saurait. Je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’une allocation unique, ça s’appelle le revenu de base, et a partir du moment ou on reconnais que le plein emploi n’est plus possible ça me semble la seule ? solution … »

    Je réponds :

    La régulation du chömage est possible, et je prends la liberté de vous inviter à en découvrir le mécanisme :

    http://sylvainjutteau.blogspot.fr/2010/08/chomage-faux-remede-vrai-remede.html

    Concernant l’allocation unique universelle, nous sommes d’accord sur son instauration. Elle évitera aux porfessionnels de la glandouille d’abuser, et permettra aux plus faibles d’être protégés dans tous les cas de figure. Notre société est suffisement riche pour verser cette allocation unique universelle.

    Vous écrivez :

    « Maintenant si on fait de l’austérité, ça va aggraver l’économie, comment voulez vous que l’on consomme quand on a plus rien ? mais peut être que ça va nous permettre de voir le mur de la réalité, nous somme sur une planète finie avec des ressources finies et l’on va devoir revoir notre mode de vie … »

    Je réponds :

    Là aussi, nous sommes en plein accord sur un point : notre planète a des ressources finies, et nous seront conduits à transformer nos modes de consommation.

    Maintenant si on fait de l’austérité, ça va aggraver l’économie, comment voulez vous que l’on consomme quand on a plus rien ? mais peut être que ça va nous permettre de voir le mur de la réalité, nous somme sur une planète finie avec des ressources finies et l’on va devoir revoir notre mode de vie …

    Surtout que si le plein emploi était possible ça fait 30 ans qu’on le saurait. Je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’une allocation unique, ça s’appelle le revenu de base, et a partir du moment ou on reconnais que le plein emploi n’est plus possible ça me semble la seule ? solution …

    Maintenant si on fait de l’austérité, ça va aggraver l’économie, comment voulez vous que l’on consomme quand on a plus rien ? mais peut être que ça va nous permettre de voir le mur de la réalité, nous somme sur une planète finie avec des ressources finies et l’on va devoir revoir notre mode de vie …

    Bien cordialement.

  9. Je corrige les coquilles du paragraphe introductif, et vous prie de m’excuser de n’avoir pas relu :

    Je reviens comme promis sur votre message du 19 juin. Et comme les messages se sont croisés, je vous cite et commente au fur et à mesure en espérant que ce soit lisible.

    (… puis la suite du message ci-dessus)

    Bien à vous.

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