La politique au sens trivial, c’est la conquête du pouvoir.
La politique au sens noble, c’est l’organisation de l’action publique.
Mais qu’est-ce qui relève de l’initiative privée, et qu’est-ce qui relève de l’action publique ?
A priori, la production de voitures de luxe relève de l’initiative privée. L’acte d’achat d’une voiture de luxe peut être réalisé sans intervention de la sphère politique.
A priori, la production des lois générales relève de la production publique. Il est absurde d’imaginer l’achat d’une loi générale pour la revendre individuellement. Pourtant, des lois générales apparaissent nécessaires.
Sans passer par des raisonnements théoriques alambiqués, on peut définir l’action publique comme suit :
L’action publique est nécessaire lorsqu’un service est utile mais que les mécanismes de marché sont insuffisants pour le produire.
Pour mettre en œuvre cette action publique, il y a différents degrés d’organisation :
- action directe par les fonctionnaires d’Etat.
- action par un EPIC, établissement public industriel et commercial
- action pour une délégation de service public à une association
- action sous la forme de PPP, Partenariat Public Privé
- action par attribution d’un marché public à une entreprise privée
Mais quel est le degré d’organisation optimum ?
Quelle est la meilleure organisation pour chaque service à rendre ?
Hélas, Ô combien hélas, la réponse à ces questions d’organisation est polluée par la défense des intérêts catégoriels – comme en matière de santé publique. Cette pollution est plutôt le fait d’une sensibilité de droite.
La réponse à ces questions est aussi polluée par des considérations d’ordre idéologique – comme en matière de transport par voie ferrée. Cette pollution est plutôt le fait d’une sensibilité de gauche.
Si l’on supprime ces pollutions, et que l’on recherche des solutions équilibrées et optimum, on peut trouver un critère objectif.
Voilà le critère que je propose à votre sagacité :
Plus le service est incessible, plus l’optimum d’organisation est proche d’une prestation directement rendue par les fonctionnaires d’Etat. C’est le cas de la sécurité générale du territoire.
A l’inverse, plus le service rendu est cessible, plus l’optimum est proche d’une prestation rendue par des acteurs privés à qui cette mission est confiée par l’autorité publique. C’est le cas du transport en train.
Il faut se souvenir par exemple que le chemin de fer, à l’époque où les trains arrivaient à l’heure, était privé, et que la puissance publique mettait à disposition sa capacité à réaliser des expropriations pour construire des lignes.
Il est temps de supprimer le regard idéologique, de faire fi des égoïsmes catégoriels, et de revenir à des considérations pratiques.
La campagne électorale est bien éloignée de ces définitions fondatrices d’une société…
Le manque de vision, le manque de profondeur, le manque de culture de la chose publique, sont la signature d’une campagne présidentielle au ras des pâquerettes.
Tout cela nous conduit à la question suivante :
Au fond, pourquoi sommes-nous si loin de la politique au sens noble ?

« Plus le service est inaccessible, »
à remplacer par
« Plus le service est incessible », c’est à dire impossible à vendre.