Le printemps refait surface, les oiseaux gazouillent et les amoureux, débauchés des temps heureux, se bécotent sur les bancs publics. Le temps est radieux, prompt aux ballades légères. Je me promenais ainsi, jeune et con, insouciant des affres du monde qui tourne et voila qu’au détour d’une ruelle, un kiosque à journaux surgit, l’infâme, et fait voleter vers moi ses augures.
Je tente de me détourner, mais une photo tout sourire d’un homme me barre la route. Il se félicite, lui et ses comparses, d’avoir amené au vote 45% des inscrits. L’élection est validée, gloire à la démocratie !
Je fais volte-face mais une usine à rayons m’en empêche. Elle fuite des effluves mortelles et mon cancérologue m’a déconseillé le plutonium entre les repas. Prenant son conseil avisé pour parole d’évangile, je balaye cet oiseau bien noir.
A peine ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que des images de corps nus, morts ou muent d’un sort révolutionnaire me vole dans les plumes, provoque en moi envie, jalousie. Mais nous l’avons fait ! Mais nous nous en souvenons plus. Ah, décidemment, il faut vraiment être jeune et con pour être révolutionnaire !
Allez, qu’importe le monde, qu’importe les guerres, en armes ou en costumes trois-pièces ! Qu’importe demain toujours un peu plus moche, un peu plus proche qu’aujourd’hui et toujours un peu moins qu’hier. Partons nous promener en ce jour du seigneur, qui parait aujourd’hui bien peu présent. Le printemps est beau, et ce n’est pas quelques journaux qui iront nous le gâcher !
Engagez-vous, mais cela pourra attendre demain

Samuel ATLANI