Café Générations Engagées, mardi 23 mars : La crise – stop ou encore ?

Pour ce café "Générations Engagées" consacré à la crise, deux invités étaient conviés à nous faire par de leur expérience et analyse.
- Olivier Brumaire – auteur du livre "Une crise de transition" téléchargeable sur www.reformons-le-capitalisme.fr
- François Leclerc – journaliste, chroniqueur économique sur le blog de Paul Jorion www.pauljorion.com/blog/
Merci de retrouver ci-dessous la thèse présentée lors de cette soirée :
· Nous vivons une crise historique. Elle était largement prévisible car elle ne fait que reproduire des schémas passés, et oubliés. Elle est également profondément structurelle ;
· Cette Crise est en fait une crise de Transition. Elle va correspondre en fait à la conjonction de deux crises majeures : la Crise Économique et la Crise Écologique, tournants majeurs pour l’Humanité.
·La Crise Economique, qui correspond en fait de l’atteinte des limites du capitalisme dérégulé, est due à l’enchainement de plusieurs facteurs depuis les années 1970 :
- La prise de pouvoir absolu par les actionnaires dans les grandes entreprises, grâce à leur meilleure organisation et sous l’impulsion des pouvoirs publics. Ayant désormais le réel pouvoir de direction, ils ont transformé les PDG en super-actionnaires, donc mercenaires ; tout le management de l’entreprise s’est alors rangé aux ordres de actionnaires – ordres uniques de maximisation sans fin du profit. Les PME subissent la prédation de la part des grandes entreprises en tant que fournisseurs ou sous-traitants ;
- L’ultra-financiarisation de l’économie, sans projet industriel autre que de gagner de l’argent et encore plus d’argent, – niant les fondements même du capitalisme industriel –, a multiplié les effets de leviers qui ont rendu cette crise totalement incontrôlable. Cette activité, normalement au service de l’économie dite réelle, a pris une existence propre, finalement déconnectée de celle-ci. Les montants que l’économie financière brasse sont désormais sans aucun rapport avec l’économie réelle, fragilisant ainsi considérablement le système. L’informatique a joué un rôle crucial dans ce phénomène ;
- Cette financiarisation a profité (voire a induit) du phénomène de mondialisation déréglementée et de libre circulation du capital, ainsi que d’une large dérégulation.
L’erreur dramatique est que, si on peut penser que le libre-échange et une forme équilibrée de libéralisme économique sont souhaitables, ces principes ne trouvent à s’appliquer qu’entre États à économies comparables, « entre égaux », soumis à une régulation harmonieuse de l’ensemble. Et que leur seul but doit être de se mettre au service de l’Homme, en œuvrant à la réduction des inégalités, et en s’assurant alors que celles qui subsistent inévitablement ne trouvent leur origine que dans les différences de talent, de mérite et d’efforts.
Continuer à pratiquer du libre-échange avec la Chine sans conditions va terminer de détruire notre industrie. D’ailleurs, on notera qu’il ne s’agit pas vraiment de « libre-échange », mais d’une pure « délocalisation du salariat », les travailleurs pauvres chinois remplaçant nos travailleurs, ce qui va poser un problème insurmontable au consommateur occidental, par ailleurs salarié…
Le libéralisme n’a jamais été l’absence de règles, la dérégulation, la protection des puissants, la perpétuation éternelle des fortunes, une société d’inégalité croissantes, bref, la jungle, défendue par les néo-conservateurs. On ne peut que trouver remarquable l’expression de Maurice Allais de « chienlit mondialiste laissez-fairiste au nom d’un pseudo-libéralisme » ;
- Les opérateurs financiers, à la recherche des profits les plus élevés possibles, le plus vite possible, avec le moins de risques possibles, induisent une pression mortelle sur l’économie, qu’elles orientent uniquement vers une gestion à court terme, pénalisant les investissements porteurs de croissance future et de durabilité, et le salariat ;
· Ces facteurs ont donc eu les conséquences (parfaitement logiques) suivantes :
- Le salariat s’est retrouvé écrasé sous la double contrainte actionnariale et concurrentielle à cause de la mondialisation. Son pouvoir d’achat n’a donc plus augmenté. Or un salarié est aussi un consommateur, qui faisait grandement tourner la machine à croissance indispensable à notre modèle économique actuel ;
- La seule solution pour faire durer un temps cette croissance a été d’endetter le consommateur pour qu’il consomme à crédit. Cela a été permis par l’attitude complaisante des banques, qui ont ouvert sans limites le robinet à crédits ainsi que par les États qui par le biais de larges déficits publics ont dépensé de l’argent qu’ils n’avaient pas – et pire, qu’ils n’auront jamais. Il n’y a en fait jamais eu de croissance nette ces dernières années, la croissance générée correspondant principalement à des dettes créées ;
- Avec les liquidités ainsi créées sans contrôle ni limite par le système bancaire, la finance a pu organiser un immense casino de la spéculation mondiale. Elle a pensé pouvoir obtenir une rentabilité sans aucun risque, par le développement incontrôlé de produits très complexes, bâtis à coup de modèles mathématiques, que plus personne ne comprenait. Cela a fini par créer des bulles spéculatives immobilière et boursière, qui ont naturellement fini par éclater ;
· Les effets prévisibles sont donc les suivants :
- Cette fois-ci, les États ne pourront socialiser durablement les pertes (après avoir privatisé les bénéfices, solution scandaleuse mais malheureusement habituelle durant les crises), les montants financiers en jeu, cumulés avec une gestion passée non durable desdits États, dépassant largement leurs capacités d’absorption ;
- L’endettement qui a quasiment seul porté la croissance ces dernières années est à son maximum, et va devoir diminuer. La vie à crédit ne dure évidement qu’un temps – ce temps étant désormais révolu : le moteur de la croissance est détruit ;
- Nous devrions connaitre des petits rebonds, achetés à coups de centaines de milliards d’argent public, mais qui cesseront très rapidement avec les investissements publics ou par éclatement de bulles ; la désindustrialisation se poursuivra ;
- Le retour au modèle ancien est impossible, il ne pourra y avoir cette fois de reprise durable sans modification profonde du système, et résolution des facteurs de crise précédemment décrit. À ce jour, RIEN n’a été entrepris dans cette direction ;
- Le système ne tient plus que sur la confiance (dans l’État américain ou anglais, dans le dollar, dans le système bancaire, dans l’arrivée d’une reprise, …), qui n’a plus guère de fondement. Une crise de défiance, inévitable à moyen terme, sera systémique.
· Enfin, cette Crise survient à un moment clé de l’Humanité, celui de sa rencontre avec la Crise Écologique, qui va correspondre à l’expérimentation (à défaut de prise de conscience passée…) de l’atteinte de ses limites, du fait que sa croissance continue l’a amenée à un stade ou elle ne pourra maintenir tout à la fois son nombre et son niveau de vie actuel – et encore moins à alimenter une hypothétique croissance future.
Avec le pic pétrolier et le pic énergétique actuels, l’illusion d’une croissance continue du PIB sur une planète finie va rapidement s’évaporer, obligeant l’Humanité à repenser totalement son mode de vie et de développement.
Même s’il est toujours difficile de s’aventurer à faire des prédictions, il semble à peu près certain que la décennie 2010 sera celle de la confrontation à des problèmes très difficiles et douloureusement surmontables….
Olivier B.

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