Du 7 au 18 décembre, a lieu un événement crucial pour l’avenir de notre planète : le sommet de Copenhague. Ce sommet réunit les pays signataires de la Convention-cadre des Nations-Unies afin de reprendre les discussions et de renégocier un accord international sur le climat qui remplacera le protocole de Kyoto ouvert à ratification en 98, ratifié depuis par 172 pays et entré en vigueur en 2005. Il doit donc permettre à l’ensemble de la communauté internationale de s’accorder sur la réduction de la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre qui génèrent le réchauffement climatique.
Il est urgent d’agir
Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) fondé en 1988 est formel : le réchauffement climatique est causé par l’activité humaine et est à l’origine lui-même de désordres écologiques considérables. Pour ne citer qu’un exemple, un récent rapport du PAM (programme alimentaire mondial des Nations Unies) « Climate change and risk for hunger » expose les conséquences du changement climatiques en terme de production agricole : le rendement des grains les plus utilisés (blé, riz, maïs) devrait chuter de 9 à 11 % engendrant une inflexion de la production mondiale de 25 à 50% et une augmentation de la faim dans le monde de 10 à 60% faisant passer de un milliard à 1,1 voire 1,6 milliard le nombres d’êtres humains en situation de faim. La malnutrition des enfants pourrait progresser de 21% d’ici à 2050. Conclusion : il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité climatique.
Même si à l’académie française des sciences le récent refus de trancher la question de la responsabilité du CO2 sur le réchauffement vient nuancer quelque peu l’opinion des scientifiques du GIEC, tous les scientifiques s’accordent à dire que le CO2 est dangereux pour l’environnement, ne serait-ce que par rapport à la question de la hausse du niveau des mers.
« L’effort à accomplir est incontournable, comme le précise la déclaration conjointe des députés d’Europe Ecologie, les pays industrialisés doivent modifier radicalement leurs façons de produire et de consommer et, chaque année, mobiliser plus de cent milliards d’euros de financement pour permettre à des milliards de personnes de faire face au défi climatique. Somme toute, ce n’est qu’une petite partie de ce que les pays riches ont réuni pour endiguer leur crise financière. »
La préparation de ce sommet
Cela fait deux ans que des négociations sont en cours. La dernière rencontre préparatoire au sommet a eu lieu début novembre à Barcelone.
87 pays ont annoncé leur participation à ce jour. Les chefs d’Etat n’y sont normalement conviés que les 17 et 18 décembre pour la clôture des négociations, les préparatifs de l’accord étant à la charge des représentants de gouvernements de chacun des pays. Barack Obama a, quant à lui, annoncé récemment sa venue le 9/12 au sommet dans le prolongement de la remise du Prix Nobel de la Paix à Oslo.
Les représentants des gouvernements doivent se rendre sur place munis d’engagements chiffrés votés par leurs congrès respectifs. « Pour limiter la hausse des températures à 2°C, les pays développés devraient, selon le GIEC, réduire de 25 % à 40 % leurs émissions d'ici à 2020. Dans le même temps, les pays en développement devront infléchir la trajectoire de leurs émissions de 15 % à 30 %. Et cela sans compter les réductions d'émissions obtenues grâce à la lutte contre la déforestation ».
Depuis septembre, l’Indonésie, le Brésil et récemment la Chine ont annoncé des chiffres mais, d’une part la faiblesse de l’engagement pris par les Etats-Unis (17% de réduction par rapport à 2005 et non à 1990 prévus pour 2020) handicape fortement la réussite des négociations. D’autre part, comme le mentionne Arnaud Gossement, climatologue, porte-parole de France Nature Environnement, le terme de « réduction » est flou et n’indique en rien précisément la nature de l’opération (réduction à la source, enfouissement, compensation). Néanmoins, la participation de ces pays constitue une avancée intéressante car le G77 des pays en voie de développement ainsi que la Chine se tenaient jusque là à l’écart des négociations, estimant que les pays industrialisés devaient seuls assumer les conséquences contraignantes au nom de leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique. L’Inde marquant le pas à la Chine, devrait elle aussi franchir le pas dans les prochains jours.
Et l’Europe ?
Face à la tiédeur américaine, la réussite de ce sommet dépend en grande partie de son investissement. Son engagement avait été clair dès décembre 2008 avec le paquet énergie climat, plan d'action visant à mettre en place une politique commune de l'énergie grâce à laquelle l'UE pourrait atteindre d'ici 2020 l'objectif ambitieux des "3 fois 20" : une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre, une amélioration de 20% de l'efficacité énergétique et une part de 20% d'énergies renouvelables dans sa consommation d'énergie. Mais le chiffre est insuffisant : en effet, en poursuivant sur la lancée de ce programme, elle ne parviendra pas à freiner la hausse des températures en deçà de 4°.
Elle a rendu sa copie mercredi dernier sous la forme d’une résolution assez complète exposant des engagements de réduction accompagnés de propositions de financements, des exigences de coopération technologique, des propositions techniques sur le marché mondial du carbone et la dégradation des ressources naturelles… Cette déclaration européenne réjouit apparemment les députés européens d’Europe Ecologie qui partagent bon nombre de ses constats.
Eu égard au caractère notoirement décisif de l’UE lors des prochains débats, la stratégie de Nicolas Sarkozy et de Jean-Louis Borloo est fortement critiquée. Le premier est en négociations depuis des mois avec Lula le président brésilien. L’accord auquel ils ont ensemble abouti est dénoncé par certains comme peu engageant en terme d’objectifs et de financements et ne serait qu’une occasion pour N. Sarkozy de faire sa promotion en entamant ces jours-ci un tour du monde du climat passant par Manaus et La Trinité et Tobago ; Jean-Louis Borloo, lui, voyage en Afrique et en Asie du sud-est pour faire aboutir un plan « Justice climat » destiné à mettre en place une solidarité écologique entre pays riches et pays pauvres. Ce mode de négociation unilatérale avec des pays en voie de développement, s’il peut permettre d’accélérer des prises de conscience et d’associer des pays jusque là peu concernés, ne fait pas l’unanimité. En effet, selon des observateurs comme Florent Baarsch, membre d’une ONG internationale, la Global Coalition for Climate Action, « il est vraiment temps (NDLA : pour la France qui fait cavalier seul) de revenir de manière assidue à la table des négociations en vue de trouver d’une part un accord ambitieux avec les pays européens, puis après de montrer une position forte au reste du Monde. » En effet, il rappelle que lors du dernier sommet européen, les pays de l’est ont refusé de financer l’adaptation au changement climatique. Pour Arnaud Gossement, au contraire, tout ce qui fait avancer la cause du climat est bon à prendre et il se demande même si le plan B Justice et Climat de Borloo (qui comporte un volet financement intéressant par la taxation des transactions financières et dont la stratégie procède d’un mouvement ascendant des pays pauvres vers un accord global contrairement à tous les protocoles jusqu’ici élaborés) ne pourrait pas remplacer avantageusement un plan A Copenhague qui aurait échoué.
Les conditions de la réussite du sommet
De nombreux commentateurs s’interrogent sur les chances de réussite de ce sommet. Un sondage effectué la semaine dernière pour le Nouvel Observateur indique également que 32% des français sont sceptiques « envers la possibilité d’un engagement commun des pays industrialisés à réduire leurs émissions et à apporter un soutien aux pays en développement pour les aider à lutter contre le réchauffement climatique ». Le pessimisme des français interrogés s’accroit d’ailleurs avec leur niveau d’études.
Florent Baarsch dans un entretien accordé à l’Express, se dit persuadé que seul Obama peut garantir des avancées significatives tout en rappelant que sa marge de manœuvre est extrêmement limitée, tenu qu’il est par les lobbies et le congrès américains. « Quel que soit l'engagement qu'il prendra, le président américain sera pointé du doigt pour son faible engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre, ou, au contraire, chez lui pour avoir trop impliqué son pays. Il va falloir qu'il trouve un juste milieu dans sa prise de risques. »
Sa rencontre avec Hun Jintao à Pékin le 17 novembre dernier a été suivie d’effets puisque la Chine a annoncé qu'elle réduirait l'intensité en carbone de sa croissance économique de 40 % à 45 % d'ici à 2020 par rapport à 2005 alors qu’elle a déjà pris le leadership mondial en matière d’énergies renouvelables. «Même s'ils sont plus nombreux, les Chinois partent de plus bas car ils émettent 4,4 tonnes de CO2 par habitant et par an, contre 23 tonnes pour les Américains et 12 pour les Européens. Sachant que l’objectif est d’atteindre 2 tonnes par habitant et par an.», indique Arnaud Gossement.
Il est indéniable que le tandem constitué par ces deux puissances pèsera lourd dans la balance, bien plus que les gesticulations de Nicolas Sarkozy dont les récentes critiques de l’agenda d’Obama ressemblent encore fortement à une opération de communication.
Les avancées significatives
Ce sommet ne sera vraisemblablement qu’un début, ce qui ne déçoit pas Hervé le Treut, climatologue français membre du GIEC. «C’est un processus qui doit continuer sur le long terme, on ne va pas prendre toutes les décisions d’un coup.» Il se félicite d’avoir vu, au fil des années, ces réunions «se convertir en un moment de vigilance collective, mondiale, au-delà des négociations».
Un simple accord politique devrait être défini alors qu’une réussite complète passerait par l’élaboration d’un accord juridiquement contraignant accompagné d’un protocole de réalisation continue afin d’éviter ce qu’Arnaud Gossement nomme « une négociation par spasmes », discontinue, telle qu’on l’a connue depuis les accords de Kyoto.
Trois éléments sont à prendre en compte pour mesurer la réussite effective du sommet :
1) Le financement de l’adaptation des pays en voie de développement au changement climatique est un point d’achoppement fort des négociations (« No money, no deal » pour le G77). Seule l’Europe a jusqu’ici accepté de se pencher sur ce problème tout en refusant de chiffrer tant que Washington ne se prononce pas. Selon les ONG, il faudrait 150 milliards de dollars par an. La question n’est pas seulement technique mais politique car elle suppose un droit de regard international et la création d’un organisme de gestion des fonds.
2) La mise en place d’une instance mondiale de régulation que l’on pourrait nommer l’OME (Organisation Mondiale du Climat) selon le vœu de N. Sarkozy et qui aurait pour fonction de chapeauter le processus et de rappeler aux instances nationales leurs engagements. Or, les cultures diffèrent en la matière, les Etats-Unis y seraient favorables tandis que la Chine crie à l’ingérence.
3) La reconnaissance de la nécessaire participation de la société civile dans le processus. Actuellement la résolution du problème est uniquement prise en charge par les exécutifs nationaux, il serait nécessaire selon Arnaud Gossement, d’y associer les ONG, les scientifiques, la société civile et les élus parlementaires, toutes ces instances de représentation qu’il nomme « les corps intermédiaires ». La question est en fait celle du mode de gouvernance qui doit obligatoirement s’ouvrir dans la perspective d’une démocratie écologique et mondiale pour que le climat ne soit pas seulement une affaire de chiffres. « Le défi est démocratique. Soit les citoyens de ce monde entendent être traités en adultes, soit ils remettent leur avenir entre les mains de quelques hommes et femmes qui n'ont pas été élus pour sauver le monde. Sans implication citoyenne, nos élus ne seront jamais en mesure d'avancer : la responsabilité devient collective. »
La vigilance citoyenne à ce propos est essentielle pour signifier aux dirigeants de tous pays la mobilisation de l’opinion publique internationale. L’ultimatum climatique lancé en Europe par 11 ONG et la campagne internationale du WWF « Votez pour la planète », sont là comme le dit Frédéric Badina dans son très bel article De la citoyenneté à l’écologie pour nous rappeler qu’« aujourd’hui, c’est l’un des principaux messages que véhiculent le développement durable et l’écologie : l’Homme au cœur des processus de choix économiques, institutionnels et sociaux par le biais de la participation, dans le cadre de la construction d’une Société Rêvée. » Si le sommet de Copenhague pouvait consolider la position du militant écologiste en engageant un nombre important de citoyens à prendre leur part dans le débat, il n’aurait pas été un sommet perdu pour la démocratie mondiale qui est l’affaire de tous !
Et en bonus, une vidéo intéressante où l’on entend Arnaud Gossement rappeler les principes d’une démocratie continue et écologique.
Bienvenue à Copenhague – Arnaud Gossement – débat Copenhague
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Marie-Pierre B.