Réflexion sur l’église de scientologie et les dérives sectaires

Hier, Maître Olivier Morice, avocat des parties civiles dans le procès de l’église de scientologie française a qualifié de décision historique la condamnation de la structure en bande organisée.

 

La scientologie figure sur la liste des sectes dans le rapport parlementaire français paru en 1995, et de celui de la Belgique en 1996. Ce n’est pas la première fois qu’elle a maille à partie avec la justice française. La dissolution de l’église de scientologie requise par le parquet en juin dernier avait été rendu impossible par la modification d’un texte loi votée en catimini au cours du procès. Elle avait trait à la responsabilité pénale des personnes morales, et elle est passée inaperçue jusqu’en septembre.

 

Selon Roger Gonnet, le spécialiste français de la scientologie, ce qui compte, c’est que la scientologie soit condamnée lourdement. Le délibéré du procès français était attendu avec impatience à l’étranger pour apporter de l’eau au moulin aux détracteurs et aux victimes de la scientologie.

 

Le procès de l’église de scientologie est lié à la lutte contre les dérives sectaire institutionnalisée en France par l’entremise de la MIVILUDES (anciennement MILS jusqu’en 2001). Cet organisme est rattaché au cabinet du premier ministre. Il a pour mission l’observation, l’évolution des dérives sectaires au fil du temps, et de recueillir les plaintes des victimes. Il s’appuie sur un système associatif qui couvre l’ensemble de l'hexagone. Suivant la nature des dossiers à traiter, la MIVILUDES se met en relation avec les ministères concernés. Cette lutte contre les dérives sectaires aurait valeur d’exemple pour certains de nos voisins européens plus discrets sur la question.

 

Mais quelle est la définition d’une secte ou d’une dérive sectaire ? Le débat fait rage. Aucun consensus, aucune définition précise. Les critères varient en vrac sur des faits précis et répétitifs qui nuisent à autrui autour du thème de la laïcité, de la manipulation mentale, de l’abus de faiblesse, de l’emprise mentale, du charlatanisme, de la tolérance religieuse. L’électron libre que je suis sur cette question incite les lecteurs de Générations Engagées à consulter le site de la MIVILUDES et ceux des associations pour se faire leur opinion. Le style si particulier au milieu antisectaire est-il adapté aux valeurs du Mouvement Démocrate ? C’est l’énigme du jour !

 

Ce combat au pays d’Astérix agace les États-Unis. Contrairement à la France, aux USA, la liberté d’expression est inscrite dans la constitution. Là-bas, l’idée de secte n’existe pas. N’importe qui peut diriger un culte, et il y a des dérives sectaires suivant la notion française. L’une des affaires qui défraya la chronique en 1993 fut celle de la secte des Davidiens dirigée par David Koresh à Wacco (Texas). Sur l’ordre de ce dernier, alors que le ranch était assiégé depuis 55 jours par le FBI, les adeptes disposèrent des bidons d’essence pour l’incendier. 86 personnes furent brûlées vives parmi lesquelles 17 enfants. Des groupes radicaux de Mormons sont régulièrement traduits en justice pour polygamie, et pour avoir épousé des mineures suivant les rites de leur confession. La scientologie remporte la palme, et a permis à certains journalistes qui enquêtaient sur elle d’obtenir le prix Pulitzer.

 

Une certaine cohérence manque à la lutte française contre les dérives sectaires. Force est de constater qu’elle a su créer un contre-pouvoir efficace qui a alerté efficacement l’opinion publique sur les méfaits des dérives sectaires. Les résultats du délibéré du procès de la scientologie française montrent que ce combat porte ses fruits. Aujourd’hui, il semble parfois mal compris auprès du grand public.

 

L’enjeu consiste à réfléchir pour savoir quels les points communs avec les valeurs et la charte du Mouvement Démocrate. Contrairement à ce que l’on pense, cette lutte n’est pas apolitique. Le clivage PS/UMP y est présent. Il est enfumé par le système associatif accaparé par le sort des victimes. Prise de position personnelle que je soulignais lors de propos recueillis auprès de Roger Gonnet. Selon lui, l’influence des politiques dans cette enclave de la protection des droits de l’homme est inévitable et contribue à son succès indépendamment de la famille politique des uns et des autres. Ce rassemblement au-delà des clivages politiques autour du thème de la lutte antisectaire me semble une utopie sans que je sache dire pourquoi. Cette édulcoration du paysage politique rend l'analyse du phénomène sectaire parfois incompréhensible. C’est dommage ! Et pourtant !

 

L'analyse politique tient une place importante dans le décryptage des dérives sectaires. Si l’on prend le cas de l’avortement légalisé en Espagne, il ne devrait pas y avoir de difficultés pour les femmes à demander une interruption volontaire de grossesse dans l’établissement de son choix. Ors, les médecins membres de l’Opus Dei, une secte au coeur de l’église de Rome, refusent de la pratiquer. Les femmes sont alors obligées de se rendre dans une autre province où l’Opus Dei est moins actif, et parfois elles laissent passer le délai légal. C’est une régression féministe préoccupante due à la pression exercée par une secte sur le législateur.

 

Depuis plusieurs années, la MIVILUDES et son milieu associatif luttent contre les dérives dans le domaine de la santé et de la psychothérapie, des médecines alternatives. De mauvaises pratiques professionnelles relatives à la santé, le charlatanisme, l’illettrisme scientifique ne sont pas à décrypter systématiquement comme des dérives sectaires. Malheureusement, ces dernières existent bel et bien, et causent des victimes directes et indirectes. Cette évaluation se fait en majorité avec les représentants des associations, de politiciens en dehors des professionnels de la santé même si l’Ordre des Médecins est régulièrement sollicité pour s’exprimer sur le sujet. Ce zoom conduit parfois au manichéisme. L’évaluation des dérives de la santé repose d’abord sur l’émotionnel et la victimisation, la prévention par la répression au risque de mener à la dérive sécuritaire. Il y a quelque chose de l’ordre du subliminal qui passe entre deux personnes qui ont vécu des expériences similaires dans des sectes différentes difficiles à faire passer au grand public, et qui n’est pas exprimé par la MIVILUDES. Ces malentendus et dysfonctionnements divers épuisent les meilleures volontés qui doivent adapter leur discours au milieu associatif ou jeter l’éponge si elles ne sont pas d'accord.

Le problème des dérives sectaires n’est pas un “ non-problème ”, il existe. C’est celui du totalitarisme. Comment situer le Mouvement Démocrate sur la question des la lutte contre les dérives sectaires ? Le débat est ouvert.

Nicole Bétrencourt

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